• Lèvres :
    Attention

    D'où vient cette tendresse ?
    ce ne sont point les premières boucles
    que j’ai doucement caressées et les lèvres que j’ai connues
    sont plus sombres que les tiennes

     Comme étoiles qui montent et s’abîment encore
    (d’où vient cette tendresse ?)
    tant et tant d’yeux se sont levés et se sont perdus
    en face de mes yeux

     Et jusqu’à ce moment aucun chant pareil
    n’ai-je entendu dans les ténèbres de la nuit,
    (d’où vient cette tendresse ?)
    là des nervures même du chanteur.

     (d’où vient cette tendresse ?)
    et que dois-je en faire, jeune chanteur
    rusé, simple passant ?
    Tes cils sont aussi longs que ceux de n'importe qui

    Marina Tsvetaieva

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  •  

    Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
    Assise aupres du feu, devidant et filant,
    Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant :
    Ronsard me celebroit du temps que j'estois belle.

    Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
    Desja sous le labeur à demy sommeillant,
    Qui au bruit de mon nom ne s'aille resveillant,
    Benissant vostre nom de louange immortelle.

    Je seray sous la terre et fantaume sans os :
    Par les ombres myrteux je prendray mon repos :
    Vous serez au fouyer une vieille accroupie,

    Regrettant mon amour et vostre fier desdain.
    Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
    Cueillez dés aujourd'huy les roses de la vie.

    Pierre Ronsard (1524-1585)

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  •  

    ma folie et ma peur

    ont de grands yeux morts

    la fixité de la fièvre

     

     ce qui regarde dans ces yeux

    est le néant de l’univers

    nos yeux sont d’aveugles ciels

     

    dans mon impénétrable nuit

    est l’impossible criant

    tout s’effondre

     Georges Bataille

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  • Hiver :
    Attention
     

    Le ciel pleure ses larmes blanches
    Sur les jours roses trépassés ;
    Et les amours nus et gercés
    Avec leurs ailerons cassés
    Se sauvent, frileux, sous les branches.

    Ils sont finis les soirs tombants,
    Rêvés au bord des cascatelles.
    Les Angéliques, où sont-elles !
    Et leurs âmes de bagatelles,
    Et leurs coeurs noués de rubans ?…

    Le vent dépouille les bocages,
    Les bocages où les amants
    Sans trêve enroulaient leurs serments
    Aux langoureux roucoulements
    Des tourterelles dans les cages.

    Les tourterelles ne sont plus,
    Ni les flûtes, ni les violes
    Qui soupiraient sous les corolles
    Des sons plus doux que des paroles.
    Le long des soirs irrésolus.

    Cette chanson – là-bas – écoute,
    Cette chanson au fond du bois…
    C’est l’adieu du dernier hautbois,
    C’est comme si tout l’autrefois
    Tombait dans l’âme goutte à goutte.

    Satins changeants, cheveux poudrés,
    Mousselines et mandolines,
    O Mirandas ! O Roselines !
    Sous les étoiles cristallines,
    O Songe des soirs bleu-cendrés !

    Comme le vent brutal heurte en passant les portes !
    Toutes, – va ! toutes les bergères sont bien mortes.

    Morte la galante folie,
    Morte la Belle-au-bois-jolie,
    Mortes les fleurs aux chers parfums !

    Et toi, soeur rêveuse et pâlie,
    Monte, monte, ô Mélancolie,
    Lune des ciels roses défunts.

    Albert Samain, Au jardin de l’infante

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  •  

    Or que l’hiver roidit la glace épaisse,
    Réchauffons-nous, ma gentille maîtresse,
    Non accroupis près le foyer cendreux,
    Mais aux plaisirs des combats amoureux.

    Assisons-nous sur cette molle couche.
    Sus ! baisez-moi, tendez-moi votre bouche,
    Pressez mon col de vos bras dépliés,
    Et maintenant votre mère oubliez.

    Que de la dent votre tétin je morde,
    Que vos cheveux fil à fil je détorde.
    Il ne faut point, en si folâtres jeux,
    Comme au dimanche arranger ses cheveux.

    Approchez donc, tournez-moi votre joue.
    Vous rougissez ? il faut que je me joue.
    Vous souriez : avez-vous . point ouï
    Quelque doux mot qui vous ait réjoui ?

    Je vous disais que la main j’allais mettre
    Sur votre sein : le voulez-vous permettre ?
    Ne fuyez pas sans parler : je vois bien
    A vos regards que vous le voulez bien.

    Je vous connais en voyant votre mine.
    Je jure Amour que vous êtes si fine,
    Que pour mourir, de bouche ne diriez
    Qu’on vous baisât, bien que le désiriez ;

    Car toute fille, encor’ qu’elle ait envie
    Du jeu d’aimer, désire être ravie.
    Témoin en est Hélène, qui suivit
    D’un franc vouloir Pâris, qui la ravit.

    Je veux user d’une douce main-forte.
    Hà ! vous tombez, vous faites jà la morte.
    Hà ! quel plaisir dans le coeur je reçois !
    Sans vous baiser, vous moqueriez de moi

    En votre lit, quand vous seriez seulette.
    Or sus ! c’est fait, ma gentille brunette.
    Recommençons afin que nos beaux ans
    Soient réchauffés de combats si plaisants.

    PIERRE DE RONSARD (1565)

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