• Image :
    Attention

    Dans la foule, Olivier, ne viens plus me surprendre ;
    Sois là, mais sans parler, tâche de me l'apprendre :
    Ta voix a des accents qui me font tressaillir !
    Ne montre pas l'amour que je ne puis te rendre,
    D'autres yeux que les tiens me regardent rougir.

    Se chercher, s'entrevoir, n'est-ce pas tout se dire ?
    Ne me demande plus, par un triste sourire,
    Le bouquet qu'en dansant je garde malgré moi :
    Il pèse sur mon coeur quand mon coeur le désire,
    Et l'on voit dans mes yeux qu'il fut cueilli pour toi.

    Lorsque je m'enfuirai, tiens-toi sur mon passage ;
    Notre heure pour demain, les fleurs de mon corsage,
    Je te donnerai tout avant la fin du jour :
    Mais puisqu'on n'aime pas lorsque l'on est bien sage,
    Prends garde à mon secret, car j'ai beaucoup d'amour !

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  • Lèvres :
    Attention

    D'où vient cette tendresse ?
    ce ne sont point les premières boucles
    que j’ai doucement caressées et les lèvres que j’ai connues
    sont plus sombres que les tiennes

     Comme étoiles qui montent et s’abîment encore
    (d’où vient cette tendresse ?)
    tant et tant d’yeux se sont levés et se sont perdus
    en face de mes yeux

     Et jusqu’à ce moment aucun chant pareil
    n’ai-je entendu dans les ténèbres de la nuit,
    (d’où vient cette tendresse ?)
    là des nervures même du chanteur.

     (d’où vient cette tendresse ?)
    et que dois-je en faire, jeune chanteur
    rusé, simple passant ?
    Tes cils sont aussi longs que ceux de n'importe qui

    Marina Tsvetaieva

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  •  

    Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
    Assise aupres du feu, devidant et filant,
    Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant :
    Ronsard me celebroit du temps que j'estois belle.

    Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
    Desja sous le labeur à demy sommeillant,
    Qui au bruit de mon nom ne s'aille resveillant,
    Benissant vostre nom de louange immortelle.

    Je seray sous la terre et fantaume sans os :
    Par les ombres myrteux je prendray mon repos :
    Vous serez au fouyer une vieille accroupie,

    Regrettant mon amour et vostre fier desdain.
    Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
    Cueillez dés aujourd'huy les roses de la vie.

    Pierre Ronsard (1524-1585)

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  •  

    ma folie et ma peur

    ont de grands yeux morts

    la fixité de la fièvre

     

     ce qui regarde dans ces yeux

    est le néant de l’univers

    nos yeux sont d’aveugles ciels

     

    dans mon impénétrable nuit

    est l’impossible criant

    tout s’effondre

     Georges Bataille

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  • Hiver :
    Attention
     

    Le ciel pleure ses larmes blanches
    Sur les jours roses trépassés ;
    Et les amours nus et gercés
    Avec leurs ailerons cassés
    Se sauvent, frileux, sous les branches.

    Ils sont finis les soirs tombants,
    Rêvés au bord des cascatelles.
    Les Angéliques, où sont-elles !
    Et leurs âmes de bagatelles,
    Et leurs coeurs noués de rubans ?…

    Le vent dépouille les bocages,
    Les bocages où les amants
    Sans trêve enroulaient leurs serments
    Aux langoureux roucoulements
    Des tourterelles dans les cages.

    Les tourterelles ne sont plus,
    Ni les flûtes, ni les violes
    Qui soupiraient sous les corolles
    Des sons plus doux que des paroles.
    Le long des soirs irrésolus.

    Cette chanson – là-bas – écoute,
    Cette chanson au fond du bois…
    C’est l’adieu du dernier hautbois,
    C’est comme si tout l’autrefois
    Tombait dans l’âme goutte à goutte.

    Satins changeants, cheveux poudrés,
    Mousselines et mandolines,
    O Mirandas ! O Roselines !
    Sous les étoiles cristallines,
    O Songe des soirs bleu-cendrés !

    Comme le vent brutal heurte en passant les portes !
    Toutes, – va ! toutes les bergères sont bien mortes.

    Morte la galante folie,
    Morte la Belle-au-bois-jolie,
    Mortes les fleurs aux chers parfums !

    Et toi, soeur rêveuse et pâlie,
    Monte, monte, ô Mélancolie,
    Lune des ciels roses défunts.

    Albert Samain, Au jardin de l’infante

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