• Un ange furieux fond du ciel comme un aigle,
    Du mécréant saisit à plein poing les cheveux,
    Et dit, le secouant : " Tu connaîtras la règle !
    (Car je suis ton bon Ange, entends-tu ?) Je le veux !

    Sache qu'il faut aimer, sans faire la grimace,
    Le pauvre, le méchant, le tordu, l'hébété,
    Pour que tu puisses faire, à Jésus, quand il passe,
    Un tapis triomphal avec ta charité.

    Tel est l'Amour ! Avant que ton coeur ne se blase,
    A la gloire de Dieu rallume ton extase ;
    C'est la Volupté vraie aux durables appas !"

    Et l'Ange, châtiant autant, ma foi ! qu'il aime,
    De ses poings de géant torture l'anathème ;
    Mais le damné répond toujours : " Je ne veux pas !"

    Charles Baudelaire

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  • L’Éden resplendissait dans sa beauté première.                     
    Eve, les yeux fermés encore à la lumière,
    Venait d’être créée, et reposait, parmi
    L’herbe en fleur, avec l’homme auprès d’elle endormi;
    Et, pour le mal futur qu’en enfer le Rebelle
    Méditait, elle était merveilleusement belle.
    Son visage très pur, dans ses cheveux noyé,
    S’appuyait mollement sur son bras replié
    Et montrant le duvet de son aisselle blanche;
    Et, du coude mignon à la robuste hanche,
    Une ligne adorable, aux souples mouvements,
    Descendait et glissait jusqu’à ses pieds charmants.
    Le Créateur était fier de sa créature:
    Sa puissance avait pris tout ce que la nature
    Dans l’exquis et le beau lui donne et lui soumet,
    Afin d’en embellir la femme qui dormait.
    Il avait pris, pour mieux parfumer son haleine,
    La brise qui passait sur les lys de la plaine;
    Pour faire palpiter ses seins jeunes et fiers,
    Il avait pris le rythme harmonieux des mers;
    Elle parlait en songe, et pour ce doux murmure
    Il avait pris les chants d’oiseaux sous la ramure;
    Et pour ses longs cheveux d’or fluide et vermeil
    Il avait pris l’éclat des rayons du soleil;
    Et pour sa chair superbe il avait pris les roses.

    Mais Eve s’éveillait; de ses paupières closes
    Le dernier rêve allait s’enfuir, noir papillon,
    Et sous ses cils baissés frémissait un rayon.
    Alors, visible au fond du buisson tout en flamme,
    Dieu voulut résumer les charmes de la femme
    En un seul, mais qui fût le plus essentiel,
    Et mit dans son regard tout l’infini du ciel.

    François Coppée. (1842-1908)
    Les Récits Et Les Élégies. (1878)

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  • Aux branches que l'air rouille et que le gel mordore,
    Comme par un prodige inouï du soleil,
    Avec plus de langueur et plus de charme encore,
    Les roses du parterre ouvrent leur coeur vermeil.

    Dans sa corbeille d'or, août cueillit les dernières :
    Les pétales de pourpre ont jonché le gazon.
    Mais voici que, soudain, les touffes printanières
    Embaument les matins de l'arrière-saison.

    Les bosquets sont ravis, le ciel même s'étonne
    De voir, sur le rosier qui ne veut pas mourir,
    Malgré le vent, la pluie et le givre d'automne,
    Les boutons, tout gonflés d'un sang rouge, fleurir.

    En ces fleurs que le soir mélancolique étale,
    C'est l'âme des printemps fanés qui, pour un jour,
    Remonte, et de corolle en corolle s'exhale,
    Comme soupirs de rêve et sourires d'amour.

    Tardives floraisons du jardin qui décline,
    Vous avez la douceur exquise et le parfum
    Des anciens souvenirs, si doux, malgré l'épine
    De l'illusion morte et du bonheur défunt.

    Nérée BEAUCHEMIN   (1850-1931)

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    Toi le féminin
    Ne nous délaisse pas
    Car tout ce qui n'est pas mué en douceur
    ne survivra pas

    Toi qui survivras
    Révèle-nous ton mystère que peut-être
    Toi-même tu ignores
    sinon le mystère ne serait pas

    N'est-ce pas que le printemps est empli
    d'oiseaux dont l'appel se perd au loin
    Que l'été nous écrase de son incandescence
    sont la senteur nous poigne jusqu'aux larmes
    Que l'automne nous laisse désemparés
    par son trop-plein de couleurs, de saveurs
    Que l'ultime saison rompt le cercle
    Nous plongeant dans l'abîme
    de l'inguérissable nostalgie

    Mais en toi demeure le mystère que peut-être
    toi-même tu ignores
    En toi ce que est perdu, ce qui est à venir
    Étant d'avant la pluie au furtif nuage
    Colline après l'orage au contour plein

    Ne nous délaisse pas
    Toi le féminin
    Hormis ton sein
    quel lieu pour renaître ?
     
    "Le livre du Vide médian"  François Cheng
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    Viens te lover dans ma main, galet,
    Tiens un instant compagnie
    A l'anonyme passant. Toi , le pain cuit
    au feu originel, nourris ce passant
    de ta force tenace, de ta tendresse
    lisse , au bord de cet océan
    sans borne, où tout vivant, accorde
    au mendiant sans voix les faveurs,
    fais moi don de tes inépuisables
    trésors : fête de l'aube, festins
    du soir, farandoles sans fin des astres,
    tant et tant de tes glorieux compagnons
    réunis ici en toi, un instant lovés
    dans le creux charnel de ta paume !
    Toi qui survis à tout, garderas-tu
    mémoire de cette singulière rencontre ?
     
    "La vraie gloire est ici"  François Cheng
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