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    Ton regard tout de rêve et d'attente
    Si offert à la transparence que jamais
    l'aube y dépose sa promesse
    Aube de la vie, aube de ta vie, attendant
    Qu'au fond de la nuit s'esquisse une âme sœur
    et lentement prenne corps l'être de ton rêve
    Sachant faire siens faim et soif, gel et flamme
    Suivre en silence le courant des murmures
    et remonter jusqu'à la source des larmes
    Faire fi des saisons, des lointains
    sur le long chemin qui mène vers toi
    Cueillir en passant roses d'été, pétales d'automne
    frissons de grillons, laudes de l'alouette
    Pénétrer l'intime de la moindre fibre
    des feuilles, des fleurs, puis des fruits
    Être humble assez pour entendre l'impalpable
    dévoiler l'indicible, épouser l'inouï
    Se dépouiller tel un arbre en hiver
    ouvert aux affres et aux effrois
    Dressant ses branches contre le ciel étoilé
    Franchissant une à une les couches de la nuit
    Et venir enfin
    au-devant de la transparence de l'aube

    Et te dire, avec l'évidence du jour,
    "me voici!"

    "Le livre du Vide médian"  François Cheng

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    Autrefois pour faire sa cour, on parlait d'amour
    Pour mieux prouver son ardeur, on offrait son cœur
    Maintenant c'est plus pareil, ça change, ça change
    Pour séduire le cher ange, on lui glisse à l'oreille, ah,
    Gudule!

    Viens m'embrasser et je te donnerai
    Un frigidaire, un joli scooter un atomixer et du Dunlopillo
    Une cuisinière avec un four en verre
    Des tas de couverts et des pelles à gâteaux
    Une tourniquette pour faire la vinaigrette
    Un bel aérateur pour bouffer les odeurs
    Des draps qui chauffent, un pistolet à gaufres
    Un avion pour deux et nous serons heureux.

    Autrefois, s'il arrivait que l'on se querelle
    L'air lugubre, on s'en allait en laissant la vaisselle
    Maintenant, que voulez-vous, la vie est si chère
    On dit rentre chez ta mère et l'on se garde tout, ah,
    Gudule!

    Excuse-toi ou je reprends tout ça
    Mon frigidaire, mon armoire à cuillères
    Mon évier en fer et mon poêle à mazout
    Mon cire-godasses, mon repasse-limaces
    Mon tabouret à glace et mon chasse-filous
    La tourniquette à faire la vinaigrette
    Le ratatine-ordures et le coupe-friture
    Et si la belle se montre encore cruelle
    On la fiche dehors pour confier son sort

    Au frigidaire, à l'efface-poussière
    A la cuisinière, au lit qu'est toujours fait
    Au chauffe-savates, au canon à patates
    À l'eventre-tomates, à l'écorche-poulet
    Mais très très vite, on reçoit la visite
    D'une tendre petite qui vous offre son cœur
    Alors, on cède car il faut qu'on s'entraide
    Et l'on vit comme ça jusqu'à la prochaine fois
    Et l'on vit comme ça jusqu'à la prochaine fois.
     
    Boris Vian
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    Je mets mon vit contre ta joue
    Le bout frôle ton oreille
    Lèche mes bourses lentement
    Ta langue est douce comme l'eau

    Ta langue est crue somme une bouchère
    Elle est rouge comme un gigot
    Sa pointe est comme un couteau criant
    Mon vit sanglote de salive

    Ton derrière est ma déesse
    Il s'ouvre comme ta bouche
    Je l'adore comme le ciel
    Je le vénère comme un feu

    Je bois dans ta déchirure
    J'étale tes jambes nues
    Je les ouvre comme un livre
    Où je lis ce qui me tue.
     
    Georges Bataille
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    Partout je les évoque et partout je les vois,
    Ces yeux ensorceleurs si mortellement tristes.
    Oh ! comme ils défiaient tout l'art des coloristes,
    Eux qui mimaient sans geste et qui parlaient sans voix !

    Yeux lascifs, et pourtant si noyés dans l'extase,
    Si friands de lointain, si fous d'obscurité !
    Ils s'ouvraient lentement, et, pleins d'étrangeté,
    Brillaient comme à travers une invisible gaze.

    Confident familier de leurs moindres regards,
    J'y lisais des refus, des vœux et des demandes ;
    Bleus comme des saphirs, longs comme des amandes,
    Ils devenaient parfois horriblement hagards.

    Tantôt se reculant d'un million de lieues,
    Tantôt se rapprochant jusqu'à rôder sur vous,
    Ils étaient tour à tour inquiétants et doux :
    Et moi, je suis hanté par ces prunelles bleues !

    Quels vers de troubadours, quels chants de ménestrels,
    Quels pages chuchoteurs d'exquises babioles,
    Quels doigts pinceurs de luths ou gratteurs de violes
    Ont célébré des yeux aussi surnaturels !

    Ils savouraient la nuit, et vers la voûte brune
    Ils se levaient avec de tels élancements,
    Que l'on aurait pu croire, à de certains moments,
    Qu'ils avaient un amour effréné pour la lune.

    Mais ils considéraient ce monde avec stupeur :
    Sur nos contorsions, nos colères, nos rixes,
    Le spleen en découlait dans de longs regards fixes
    Où la compassion se mêlait à la peur.

    Messaline, Sapho, Cléopâtre, Antiope
    Avaient fondu leurs yeux dans ces grands yeux plaintifs.
    Oh ! comme j'épiais les clignements furtifs
    Qui leur donnaient soudain un petit air myope.

    Aux champs, l'été, dans nos volontaires exils,
    Près d'un site charmeur où le regard s'attache,
    Ô parcelles d'azur, ô prunelles sans tache,
    Vous humiez le soleil que tamisaient vos cils !

    Vous aimiez les frissons de l'herbe où l'on se vautre ;
    Et parfois au-dessus d'un limpide abreuvoir
    Longtemps vous vous baissiez, naïves, pour vous voir
    Dans le cristal de l'eau moins profond que le vôtre.

    Deux bluets par la brume entrevus dans un pré
    Me rappellent ces yeux brillant sous la voilette,
    Ces yeux de courtisane admirant sa toilette
    Avec je ne sais quoi d'infiniment navré.

    Ma passion jalouse y buvait sans alarmes,
    Mon âme longuement s'y venait regarder,
    Car ces magiques yeux avaient pour se farder
    Le bistre du plaisir et la pâleur des larmes !...

    Maurice Rollinat.

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    Entre à la nuit sans rivages
    Si tu n’es toi qu’en passant
    L’oubli rendra ton visage
    Au coeur d’où rien n’est absent

    Ton silence né d'une ombre
    Qui l'accroît de tout le ciel
    Eclôt l'amour où tu sombres
    Aux bras d'un double éternel
     
    Et t'annulant sous ses voiles
    Pris à la nuit d'une fleur
    Donne des yeux à l'étoile
    Dont ton fantôme est le coeur.

    Joë Bousquet

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