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    Il s’en faut d’une parole
    Qu’elle ait l’âme comme avant
    Elle court où les jours volent
    Elle est née avec le vent

    Ses lèvres chantent pour elle
    Tous les oiseaux du couchant
    Brûlent ensemble leurs ailes
    À ce qui luit dans ses chants

    Les heures suivent son ombre
    Elle les voit dans les fleurs
    Ne devinant qu’à leur nombre
    Qu’elle était tout dans leur cœur

    Elle est grise et se dit folle
    Et danse à fermer les yeux
    Un cœur bat dans ses paroles
    Nul ne sait où sont ces cieux

    Comme un astre dans ses branches
    Sa candeur étreint les soirs
    Dont elle est la rose blanche
    Il faut l’aimer pour la voir

    Une larme la ramène
    À la lumière des jours
    Où l’homme instruit de ses peines
    L’enfant qu’elle est pour toujours

    Et dans le vent qui chemine
    C’est la nuit blanche des pleurs
    Dont la lumière orpheline
    A vu le jour dans le cœur

    "La Connaissance du soir"  Joë Bousquet

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    Les désespoirs sont morts, et mortes les douleurs.
    L'espérance a tissé la robe de la terre ;
    Et ses vieux flancs féconds, travaillés d'un mystère,
    Vont s'entr'ouvrir encor d'une extase de fleurs.

    Les temps sont arrivés, et l'appel de la femme,
    Ce soir, a retenti par la création.
    L'étoile du désir se lève ô vision !
    Ô robes qui passez, nonchalantes, dans l'âme...

    Les ciels nus du matin frissonnent de pudeur ;
    L'émeute verte éclate aux ramures vivaces ;
    Et la vie éternelle arrivant des espaces
    En ruisseaux de parfums coule à travers le coeur.

    Voici que le printemps s'avance sous les branches,
    Nu, candide et mouillé dans un jeune soleil ;
    Et les cloches tintant parmi l'azur vermeil
    Versent une allégresse au coeur des maisons blanches.

    L'âme s'ouvre parmi l'enchantement du jour,
    Et le monde qu'enivre une vague caresse,
    Le monde, un jour encor, va noyer sa détresse
    Dans les cheveux profonds et vivants de l'amour.

    Amour ! Frissons légers des jupes, des voilettes,
    Et lumières des yeux de femmes transparents...
    Amour ! Musique bleue et songes odorants...
    Et frêles papillons grisés de violettes...

     

     

    Albert SAMAIN   (1858-1900)

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  •  " L'Archangélique et autres poèmes"

     

    Je bois dans ta déchirure
    et j'étale tes jambes nues
    je les ouvre comme un livre
    où je lis ce qui me tue.

     Georges Bataille

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  • Oh! que tout oeil rempli d'amour
    Facilement se fait comprendre,
    Et comme il sait bien, tour à tour,
    Se faire charmant, doux et tendre!

    Qu'il soit d'un beau bleu langoureux,
    Ou plus noir que l'est la nuit même,
    Toujours lorsqu'il est amoureux,
    L'oeil est d'une douceur extrême.

    L'oeil de la blonde pour l'amant
    Est celui qui va plus à l'âme,
    Mais l'oeil de la brune est vraiment
    Celui qui contient plus de flamme.

    Pourtant tout oeil rempli d'amour,
    Soit d'une brune ou d'une blonde,
    Trouve la nuit comme le jour,
    Des admirateurs par le monde.

    Albert Ferland

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  • Comme une fleur à plaisir effeuillée
    Pâlit, tombe et s'efface une brillante erreur.
    Ivre de toi, je rêvais le bonheur :
    Je rêvais, tu m'as éveillée.

    Que ce réveil va me coûter de pleurs !
    Dans le sein de l'amour pourrai-je les répandre ?
    Il m'enchaînait à toi par des liens de fleurs ;
    Tu me forces à les lui rendre.

    Un seul mot à nos yeux découvre l'avenir ;
    Un reproche souvent attriste l'espérance.
    Hélas ! S'il faut rougir d'une tendre imprudence,
    Toi qui la partageas, devais-tu m'en punir ?

    Loin de moi va chercher un plus doux esclavage,
    va ! De tout mon bonheur j'ai payé ton bonheur.
    Eh bien ! Pour t'en venger, tu m'as rendu mon cœur,
    Et tu me l'as rendu brûlant de ton image.

    Je le reprends ce coeur blessé par toi !
    Pardonne à mon imprévoyance :
    Je lui dois ton indifférence ;
    Que te faut-il encor pour te venger de moi ?

    Marceline Desbordes-Valmore, Élégies

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