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    Toutes les fleurs veulent se changer en fruits,
    Toute matinée veut devenir soirée,
    Sur terre rien n’est éternité,
    Si ce n’est le mouvement, le temps qui fuit.

    Même le plus bel été veut voir une fois
    La nature qui se fane, l’automne qui vient.
    Reste tranquille, feuille, garde ton sang-froid
    Lorsque le vent veut t’enlever au loin.

    Poursuis tes jeux et ne te défends pas,
    Laisse les choses advenir sans heurts,
    Laisse enfin le vent qui te détacha
    Te conduire jusqu’à ta demeure.

    "Eloge de la vieillesse" Hermann Hesse

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    Autrefois pour faire sa cour, on parlait d'amour
    Pour mieux prouver son ardeur, on offrait son cœur
    Maintenant c'est plus pareil, ça change, ça change
    Pour séduire le cher ange, on lui glisse à l'oreille, ah,
    Gudule!

    Viens m'embrasser et je te donnerai
    Un frigidaire, un joli scooter un atomixer et du Dunlopillo
    Une cuisinière avec un four en verre
    Des tas de couverts et des pelles à gâteaux
    Une tourniquette pour faire la vinaigrette
    Un bel aérateur pour bouffer les odeurs
    Des draps qui chauffent, un pistolet à gaufres
    Un avion pour deux et nous serons heureux.

    Autrefois, s'il arrivait que l'on se querelle
    L'air lugubre, on s'en allait en laissant la vaisselle
    Maintenant, que voulez-vous, la vie est si chère
    On dit rentre chez ta mère et l'on se garde tout, ah,
    Gudule!

    Excuse-toi ou je reprends tout ça
    Mon frigidaire, mon armoire à cuillères
    Mon évier en fer et mon poêle à mazout
    Mon cire-godasses, mon repasse-limaces
    Mon tabouret à glace et mon chasse-filous
    La tourniquette à faire la vinaigrette
    Le ratatine-ordures et le coupe-friture
    Et si la belle se montre encore cruelle
    On la fiche dehors pour confier son sort

    Au frigidaire, à l'efface-poussière
    A la cuisinière, au lit qu'est toujours fait
    Au chauffe-savates, au canon à patates
    À l'eventre-tomates, à l'écorche-poulet
    Mais très très vite, on reçoit la visite
    D'une tendre petite qui vous offre son cœur
    Alors, on cède car il faut qu'on s'entraide
    Et l'on vit comme ça jusqu'à la prochaine fois
    Et l'on vit comme ça jusqu'à la prochaine fois.

    Boris Vian

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  • Oser rare: free vol
    Arrose les mots des sens
    Que brillent les idées indécentes
    en incandescentes paroles.
    Ose ce ventre en prières
    assoiffé d'effervescentes caresses
    et d'impudiques envolées.
    Ose l'obscène
    et la langue folle
    de l'érotisme affranchi
    à la page incendiaire.
    Ose les délices subtiles.
    Les désirs pénétrants
    que dessinent tes doigts
    Que ruisselle ta quintessence
    entre mes lignes sèches
    et dépose son sel
    au crayon monolithe
    de mon désir de prose.

    Laurent Chaineux

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  • Ouvre ton aile au vent, mon beau ramier sauvage,
    Laisse à mes doigts brisés ton anneau d'esclavage !
    Tu n'as que trop pleuré ton élément, l'amour ;
    Sois heureux comme lui : sauve-toi sans retour !

    Que tu montes la nue, ou que tu rases l'onde,
    Souviens-toi de l'esclave en traversant le monde :
    L'esclave t'affranchit pour te rendre à l'amour ;
    Quitte-moi comme lui : sauve-toi sans retour !

    Va retrouver dans l'air la volupté de vivre !
    Va boire les baisers de Dieu, qui te délivre !
    Ruisselant de soleil et plongé dans l'amour,
    Va-t-en ! Va-t-en ! Va-t-en ! Sauve-toi sans retour !

    Moi, je garde l'anneau ; je suis l'oiseau sans ailes.
    Les tiennes vont aux cieux ; mon âme est devant elles.
    Va ! Je les sentirai frissonner dans l'amour !
    Mon ramier, sois béni ! Sauve-toi sans retour !

    Va demander pardon pour les faiseurs de chaînes ;
    En fuyant les bourreaux, laisse tomber les haines.
    Va plus haut que la mort, emporté dans l'amour ;
    Sois clément comme lui... sauve-toi sans retour !

    Marceline DESBORDES-VALMORE   (1786-1859)

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  • Un ange furieux fond du ciel comme un aigle,
    Du mécréant saisit à plein poing les cheveux,
    Et dit, le secouant : " Tu connaîtras la règle !
    (Car je suis ton bon Ange, entends-tu ?) Je le veux !

    Sache qu'il faut aimer, sans faire la grimace,
    Le pauvre, le méchant, le tordu, l'hébété,
    Pour que tu puisses faire, à Jésus, quand il passe,
    Un tapis triomphal avec ta charité.

    Tel est l'Amour ! Avant que ton coeur ne se blase,
    A la gloire de Dieu rallume ton extase ;
    C'est la Volupté vraie aux durables appas !"

    Et l'Ange, châtiant autant, ma foi ! qu'il aime,
    De ses poings de géant torture l'anathème ;
    Mais le damné répond toujours : " Je ne veux pas !"

    Charles Baudelaire

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