• La citadelle de Machaerous se dressait à l’orient de la mer Morte, sur un pic de basalte ayant la forme d’un cône. Quatre vallées profondes l’entouraient, deux vers les flancs, une en face, la quatrième au-delà. Des maisons se tassaient contre sa base, dans le cercle d’un mur qui ondulait suivant les inégalités du terrain ; et, par un chemin en zigzag tailladant le rocher, la ville se reliait à la forteresse, dont les murailles étaient hautes de cent vingt coudées, avec des angles nombreux, des créneaux sur le bord, et, çà et là, des tours qui faisaient comme des fleurons à cette couronne de pierres, suspendue au-dessus de l’abîme.
    Il y avait dans l’intérieur un palais orné de portiques, et couvert d’une terrasse que fermait une balustrade en bois de sycomore, où des mâts étaient disposés pour tendre un vélarium.
    Un matin, avant le jour, le Tétrarque Hérode-Antipas vint s’y accouder, et regarda.
    Les montagnes, immédiatement sous lui, commençaient à découvrir leurs crêtes, pendant que leur masse, jusqu’au fond des abîmes, était encore dans l’ombre. Un brouillard flottait, il se déchira, et les contours de la mer Morte apparurent. L’aube, qui se levait derrière Machaerous, épandait une rougeur. Elle illumina bientôt les sables de la grève, les collines, le désert, et, plus loin, tous les monts de la Judée, inclinant leurs surfaces raboteuses et grises, Engeddi, au milieu, traçait une barre noire ; Hébron, dans l’enfoncement, s’arrondissait en dôme ; Esquol avait des grenadiers, Sorek des vignes, karmel des champs de sésame ; et la tour Antonia, de son cube monstrueux, dominait Jérusalem. Le Tétrarque en I La citadelle de Machaerous se dressait à l’orient de la mer Morte, sur un pic de basalte ayant la forme d’un cône. Quatre vallées profondes l’entouraient, deux vers les flancs, une en face, la quatrième au-delà. Des maisons se tassaient contre sa base, dans le cercle d’un mur qui ondulait suivant les inégalités du terrain ; et, par un chemin en zigzag tailladant le rocher, la ville se reliait à la forteresse, dont les murailles étaient hautes de cent vingt coudées, avec des angles nombreux, des créneaux sur le bord, et, çà et là, des tours qui faisaient comme des fleurons à cette couronne de pierres, suspendue au-dessus de l’abîme. Il y avait dans l’intérieur un palais orné de portiques, et couvert d’une terrasse que fermait une balustrade en bois de sycomore, où des mâts étaient disposés pour tendre un vélarium. Un matin, avant le jour, le Tétrarque Hérode-Antipas vint s’y accouder, et regarda. Les montagnes, immédiatement sous lui, commençaient à découvrir leurs crêtes, pendant que leur masse, jusqu’au fond des abîmes, était encore dans l’ombre. Un brouillard flottait, il se déchira, et les contours de la mer Morte apparurent. L’aube, qui se levait derrière Machaerous, épandait une rougeur. Elle illumina bientôt les sables de la grève, les collines, le désert, et, plus loin, tous les monts de la Judée, inclinant leurs surfaces raboteuses et grises, Engeddi, au milieu, traçait une barre noire ; Hébron, dans l’enfoncement, s’arrondissait en dôme ; Esquol avait des grenadiers, Sorek des vignes, karmel des champs de sésame ; et la tour Antonia, de son cube monstrueux, dominait Jérusalem. Le Tétrarque en détourna la vue pour contempler, à droite, les palmiers de Jéricho ; et il songea aux autres villes de sa Galilée : Capharnaüm, Endor, Nazareth, Tibérias où peut-être il ne reviendrait plus.
    Cependant le Jourdain coulait sur la plaine aride. Toute blanche, elle éblouissait comme une nappe de neige. Le lac, maintenant, semblait en lapis-lazuli ; et à sa pointe méridionale, du côté de l’Yémen, Antipas reconnut ce qu’il craignait d’apercevoir. Des tentes brunes étaient dispersées ; des hommes avec des lances circulaient entre les chevaux, et des feux s’éteignant brillaient comme des étincelles à ras du sol.
    C’étaient les troupes du roi des Arabes, dont il avait répudié la fille pour prendre Hérodias, mariée à l’un de ses frères, qui vivait en Italie, sans prétentions au pouvoir.
    Antipas attendait les secours des Romains ; et Vitellius, gouverneur de la Syrie, tardant à paraître, il se rongeait d’inquiétudes.
    Agrippa, sans doute, l’avait ruiné chez l’Empereur ? Philippe, son troisième frère, souverain de la Batanée, s’armait clandestinement. Les Juifs ne voulaient plus de ses mœurs idolâtres, tous les autres de sa domination ; si bien qu’il hésitait entre deux projets : adoucir les Arabes ou conclure une alliance avec les Parthes ; et, sous le prétexte de fêter son anniversaire, il avait convié, pour ce jour même, à un grand festin, les chefs de ses troupes, les régisseurs de ses campagnes et les principaux de la Galilée.
    Il fouilla d’un regard aigu toutes les routes. Elles étaient vides. Des aigles volaient au-dessus de sa tête ; les soldats, le long du rempart, donnaient contre les murs ; rien ne bougeait dans le château.
    Tout à coup, une voix lointaine, comme échappée des profondeurs de la terre, fit pâlir le Tétrarque. Il se pencha pour écouter ; elle avait disparu.
    Elle reprit ; et en claquant dans ses mains, il cria :
    — Mannaëi ! Mannaëi !
    Un homme se présenta, nu jusqu’à la ceinture, comme les masseurs des bains. Il était très-grand, vieux, décharné, et portait sur la cuisse un coutelas dans une gaine de bronze. Sa chevelure, relevée par un peigne, exagérait la longueur de son front. Une somnolence décolorait ses yeux, mais ses dents brillaient, et ses orteils posaient légèrement sur les dalles, tout son corps ayant la souplesse d’un singe, et sa figure l’impassibilité d’une momie.
    — Où est-il ? demanda le Tétrarque.
    Mannaëi répondit, en indiquant avec son pouce un objet derrière eux :
    — Là ! toujours !
    — J’avais cru l’entendre !
    Et Antipas, quand il eut respiré largement, s’informa de Iaokanann, le même que les Latins appellent saint Jean-Baptiste. Avait-on revu ces deux hommes, admis par indulgence, l’autre mois, dans son cachot, et savait-on, depuis lors, ce qu’ils étaient venus faire ?
    Mannaëi répliqua :
    — Ils ont échangé avec lui des paroles mystérieuses, comme les voleurs, le soir, aux carrefours des routes. Ensuite ils sont partis vers la Haute Galilée, en annonçant qu’ils apporteraient une grande nouvelle.
    Antipas baissa la tête, puis d’un air d’épouvante : « Garde-le ! garde-le ! Et ne laisse entrer personne ! Ferme bien la porte ! Couvre la fosse ! On ne doit pas même soupçonner qu’il vit ! »
    Sans avoir reçu ces ordres, Mannaëi les accomplissait ; car Iaokanannétait Juif, et il exécrait les Juifs comme tous les Samaritains. Leur temple de Garizim, désigné par Moïse pour être le centre d’Israël, n’existait plus depuis le roi Hyrcan ; et celui de Jérusalem les mettait dans la fureur d’un outrage, et d’une injustice permanente. Mannaëi s’y était introduit, afin d’en souiller l’autel avec des os de morts. Ses compagnons, moins rapides, avaient été décapités.
    Il l’aperçut dans l’écartement de deux collines. Le soleil faisait resplendir ses murailles de marbre blanc et les lames d’or de sa toiture. C’était comme une montagne lumineuse, quelque chose de surhumain, écrasant tout de son opulence et de son orgueil.
    Alors il étendit les bras du côté de Sion ; et, la taille droite, le visage en arrière, les poings fermés, lui jeta un anathème, croyant que les mots avaient un pouvoir effectif. Antipas écoutait, sans paraître scandalisé.
    Le Samaritain dit encore :
    — Par moments il s’agite, il voudrait fuir, il espère une délivrance. D’autres fois, il a l’air tranquille d’une bête malade ; ou bien je le vois qui marche dans les ténèbres, en répétant : « Qu’importe ? Pour qu’il grandisse, il faut que je diminue ! » Antipas et Mannaëi se regardèrent. Mais le Tétrarque était las de réfléchir. Tous ces monts autour de lui, comme des étages de grands flots pétrifiés, les gouffres noirs sur le flanc des falaises, l’immensité du ciel bleu, l’éclat violent du jour, la profondeur des abîmes le troublaient ; et une désolation l’envahissait au spectacle du désert, qui figure, dans le bouleversement de ses terrains, des amphithéâtres et des palais abattus. Le vent chaud apportait, avec l’odeur du soufre, comme l’exhalaison des villes maudites, ensevelies plus bas que le rivage sous les eaux pesantes. Ces marques d’une colère immortelle effrayaient sa pensée ; et il restait les deux coudes sur la balustrade, les yeux fixes et les tempes dans les mains.
    Quelqu’un l’avait touché. Il se retourna. Hérodias était devant lui. Une simarre de pourpre légère l’enveloppait jusqu’aux sandales. Sortie précipitamment de sa chambre, elle n’avait ni colliers ni pendants d’oreilles ; une tresse de ses cheveux noirs lui tombait sur un bras, et s’enfonçait, par le bout, dans l’intervalle de ses deux seins. Ses narines, trop remontées, palpitaient ; la joie d’un triomphe éclairait sa figure ; et, d’une voix forte, secouant le Tétrarque :
    — César nous aime ! Agrippa est en prison !
    — Qui te l’a dit ?
    — Je le sais !
    Elle ajouta :
    — C’est pour avoir souhaité l’empire à Caïus ! Tout en vivant de leurs aumônes, il avait brigué le titre de roi, qu’ils ambitionnaient comme lui. Mais dans l’avenir, plus de craintes !
    — Les cachots de Tibère s’ouvrent difficilement, et quelquefois l’existence n’y est pas sûre !
    Antipas la comprit ; et, bien qu’elle fût la sœur d’Agrippa, son intention atroce lui sembla justifiée. Ces meurtres étaient une conséquence des choses, une fatalité des maisons royales. Dans celle d’Hérode, on ne les comptait plus. Puis elle étala son entreprise : les clients achetés, les lettres découvertes, des espions à toutes les portes, et comment elle était parvenue à séduire Eutychès le dénonciateur.
    — Rien ne me coûtait ! Pour toi, n’ai-je pas fait plus ?… J’ai abandonné ma fille !
    Après son divorce, elle avait laissé dans Rome cette enfant, espérant bien en avoir d’autres du Tétrarque. Jamais elle n’en parlait. Il se demanda pourquoi son accès de tendresse. On avait déplié le vélarium et apporté vivement de larges coussins auprès d’eux. Hérodias s’y affaissa, et pleurait, en tournant le dos. Puis elle se passa la main sur les paupières, dit qu’elle n’y voulait plus songer, qu’elle se trouvait heureuse ; et elle lui rappela leurs causeries là-bas, dans l’atrium, les rencontres aux étuves, leurs promenades le long de la voie Sacrée, et les soirs, dans les grandes villas, au murmure des jets d’eau, sous des arcs de fleurs, devant la campagne romaine. Elle le regardait comme autrefois, en se frôlant contre sa poitrine, avec des gestes câlins.
    — Il la repoussa. L’amour qu’elle tâchait de ranimer était si loin, maintenant ! Et tous ses malheurs en découlaient ; car, depuis douze ans bientôt, la guerre continuait. Elle avait vieilli le Tétrarque. Ses épaules se voûtaient dans une toge sombre, à bordure violette ; ses cheveux blancs se mêlaient à sa barbe, et le soleil, qui traversait la voile, baignait de lumière son front chagrin. Celui d’Hérodias également avait des plis ; et, l’un en face de l’autre, ils se considéraient d’une manière farouche.
    Les chemins dans la montagne commencèrent à se peupler. Des pasteurs piquaient des bœufs, des enfants tiraient des ânes, des palefreniers conduisaient des chevaux. Ceux qui descendaient les hauteurs au-delà de Machaerous disparaissaient derrière le château ; d’autres montaient le ravin en face, et, parvenus à la ville, déchargeaient leurs bagages dans les cours. C’étaient les pourvoyeurs du Tétrarque, et des valets, précédant ses convives.
    Mais au fond de la terrasse, à gauche, un Essénien parut, en robe blanche, nu-pieds, l’air stoïque. Mannaëi, du côté droit, se précipitait en levant son coutelas, Hérodias lui cria :
    — Tue-le !
    — Arrête ! dit le Tétrarque.
    Il devint immobile ; l’autre aussi. Puis ils se retirèrent, chacun par un escalier différent, à reculons, sans se perdre des yeux. — Je le connais ! dit Hérodias, il se nomme Phanuel, et cherche à voir Iaokanann, puisque tu as l’aveuglement de le conserver ! Antipas objecta qu’il pouvait un jour servir. Ses attaques contre Jérusalem gagnaient à eux le reste des Juifs. — Non ! reprit-elle, ils acceptent tous les maîtres, et ne sont pas capables de faire une patrie ! Quant à celui qui remuait le peuple avec des espérances conservées depuis Néhémias, la meilleure politique était de le supprimer.
    Rien ne pressait, selon le Tétrarque. Iaokanann dangereux ! Allons donc ! Il affectait d’en rire.
    — Tais-toi !
    Et elle redit son humiliation, un jour qu’elle allait vers Galaad, pour la récolte du baume. Des gens, au bord du fleuve, remettaient leurs habits. Sur un monticule, à côté, un homme parlait. Il avait une peau de chameau autour des reins, et sa tête ressemblait à celle d’un lion. Dès qu’il m’aperçut, il cracha sur moi toutes les malédictions des prophètes. Ses prunelles flamboyaient ; sa voix rugissait ; il levait les bras, comme pour arracher le tonnerre. Impossible de fuir ! les roues de mon char avaient dusable jusqu’aux essieux ; et je m’éloignais lentement, m’abritant sous mon manteau, glacée par ces injures qui tombaient comme une pluie d’orage.
    Iaokanann l’empêchait de vivre. Quand on l’avait pris et lié avec des cordes, les soldats devaient le poignarder s’il résistait ; il s’était montré doux. On avait mis des serpents dans sa prison ; ils étaient morts. L’inanité de ces embûches exaspérait Hérodias. D’ailleurs, pourquoi sa guerre contre elle ? Quel intérêt le poussait ? Ses discours, criés à des foules, s’étaient répandus, circulaient ; elle les entendait partout, ils emplissaient l’air. Contre des légions elle aurait eu de la bravoure. Mais cette force plus pernicieuse que les glaives, et qu’on ne pouvait saisir, était stupéfiante ; et elle parcourait la terrasse, blêmie par sa colère, manquant de mots pour exprimer ce qui l’étouffait. Elle songeait aussi que le Tétrarque, cédant à l’opinion, s’aviserait peut-être de la répudier. Alors tout serait perdu ! Depuis son enfance, elle nourrissait le rêve d’un grand empire. C’était pour y atteindre que, délaissant son premier époux, elle s’était jointe à celui-là, qui l’avait dupée, pensait-elle.
    — J’ai pris un bon soutien, en entrant dans ta famille !
    — Elle vaut la tienne ! dit simplement le Tétrarque. Hérodias sentit bouillonner dans ses veines le sang des prêtres et des rois ses aïeux.
    — Mais ton grand-père balayait le temple d’Ascalon ! Les autres étaient bergers, bandits, conducteurs de caravanes, une horde, tributaire de Juda depuis le roi David ! Tous mes ancêtres ont battu les tiens ! Le premier des Makkabi vous a chassés d’Hébron, Hyrcan forcés à vous circoncire !
    Et, exhalant le mépris de la patricienne pour le plébéien, la haine de Jacob contre Édom, elle lui reprocha son indifférence aux outrages, sa mollesse envers les Pharisiens qui le trahissaient, sa lâcheté pour le peuple qui la détestait.
    « Tu es comme lui, avoue-le ! et tu regrettes la fille arabe qui danse autour des pierres. Reprends-la ! Va-t’en vivre avec elle, dans sa maison de toile ! dévore son pain cuit sous la cendre ! avale le lait caillé de ses brebis ! baise ses joues bleues ! et oublie-moi ! »
    Le Tétrarque n’écoutait plus. Il regardait la plate-forme d’une maison, où il y avait une jeune fille, et une vieille femme tenant un parasol à manche de roseau, long comme la ligne d’un pêcheur. Au milieu du tapis, un grand panier de voyage restait ouvert. Des ceintures, des voiles, des pendeloques d’orfèvrerie en débordaient confusément. La jeune fille, par intervalles, se penchait vers ces choses, et les secouait à l’air. Elle était vêtue comme les Romaines, d’une tunique calamistrée avec un péplum à glands d’émeraude ; et des lanières bleues enfermaient sa chevelure, trop lourde, sans doute, car, de temps à autre, elle y portait la main. L’ombre du parasol se promenait au-dessus d’elle, en la cachant à demi. Antipas aperçut deux ou trois fois son col délicat, l’angle d’un œil, le coin d’une petite bouche. Mais il voyait, des hanches à la nuque, toute sa taille qui s’inclinait pour se redresser d’une manière élastique. Il épiait le retour de ce mouvement, et sa respiration devenait plus forte ; des flammes s’allumaient dans ses yeux. Hérodias l’observait.
    Il demanda :
    — Qui est-ce ?
    Elle répondit n’en rien savoir, et s’en alla soudainement apaisée.
    Le Tétrarque était attendu sous les portiques par des Galiléens, le maître des écritures, le chef des pâturages, l’administrateur des salines etun Juif de Babylone, commandant ses cavaliers.
    Tous le saluèrent d’une acclamation. Puis, il disparut vers les chambres intérieures.
    Phanuel surgit à l’angle d’un couloir.
    — Ah ! encore ? Tu viens pour Iaokanann, sans doute ?
    — Et pour toi ! j’ai à t’apprendre une chose considérable.
    Et, sans quitter Antipas, il pénétra, derrière lui, dans un appartement obscur. Le jour tombait par un grillage, se développant tout du long sous la corniche. Les murailles étaient peintes d’une couleur grenat, presque noir. Dans le fond s’étalait un lit d’ébène, avec des sangles en peau de bœuf. Un bouclier d’or, au-dessus, luisait comme un soleil.
    Antipas traversa toute la salle, se coucha sur le lit.
    Phanuel était debout. Il leva son bras, et dans une attitude inspirée :
    — Le Très-Haut envoie par moments un de ses fils. Iaokanann en est un. Si tu l’opprimes, tu seras châtié.
    — C’est lui qui me persécute ! s’écria Antipas. Il a voulu de moi une action impossible. Depuis ce temps-là, il me déchire. Et je n’étais pas dur, au commencement ! Il a même dépêché de Machaerous des hommes qui bouleversent mes provinces. Malheur à sa vie ! Puisqu’il m’attaque, je me défends !
    — Ses colères ont trop de violence, répliqua Phanuel. N’importe ! Il faut le délivrer.
    — On ne relâche pas les bêtes furieuses ! dit le Tétrarque.
    L’Essénien répondit :
    — Ne t’inquiète plus ! Il ira chez les Arabes, les Gaulois, les Scythes.
    Son œuvre doit s’étendre jusqu’au bout de la terre !Antipas semblait perdu dans une vision.
    — Sa puissance est forte !… Malgré moi, je l’aime !
    — Alors, qu’il soit libre ?
    Le Tétrarque hocha la tête. Il craignait Hérodias, Mannaëi, et l’inconnu.
    Phanuel tâcha de le persuader, en alléguant, pour garantie de ses projets, la soumission des Esséniens aux rois. On respectait ces hommes pauvres, indomptables par les supplices, vêtus de lin, et qui lisaient l’avenir dans les étoiles.
    Antipas se rappela un mot de lui, tout à l’heure.
    — Quelle est cette chose, que tu m’annonçais comme importante ?
    Un nègre survint. Son corps était blanc de poussière. Il râlait et ne put que dire :
    — Vitellius !
    — Comment ? il arrive ?
    — Je l’ai vu. Avant trois heures, il est ici !
    Les portières des corridors furent agitées comme par le vent. Une rumeur emplit le château, un vacarme de gens qui couraient, de meubles qu’on traînait, d’argenteries s’écroulant ; et, du haut des tours, des buccins sonnaient, pour avertir des esclaves dispersés.

    Gustave Flaubert

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  •  Il était une fois un vieux qui avait trois fils, dont deux étaient intelligents et le troisième, Emélian, fort bête. Les frères travaillent, et Emélian reste couche sur le poêle et ne se soucie de rien. Un jour, les frères d'Emélian décident d'aller à la foire, et les belles-sœurs l'envoient puiser de l'eau. Le nigaud, couché sur le poêle, réplique:

    - Pas envie...
    - Vas-y, Emélian, sinon nous le dirons à nos maris, qui ne t’achèteront pas de cadeaux.
    - Bon, j'y vais
    Le nigaud finit par descendre du poêle, se chausse et s'habille. Fin prêt, il ramasse deux seaux, une hache, se rend à la rivière qui avoisine le village, et taille un trou dans la glace. Il remplit les seaux, les pose au bord du trou et s'attarde à regarder l'eau. Voici qu'il y aperçoit un brochet; il attrape le poisson à la main et le sort de l'eau
    - On en fera une bonne soupe!
    Soudain, le brochet lui dit en langage humain:
    - Emélian, relâche-moi; je t'enrichirai pour la peine.
    Et le nigaud rit:
    - A quoi peux-tu servir? Non,  je t'emporterai à la maison et te ferai cuire par mes belles-soeurs.
    Le brochet insiste:
    - Ecoute, Emélian, rends-moi la liberté; en récompense, je réaliserai le moindre de tes désirs.
    - Bon, mais d'abord prouve que tu ne mens pas!
    Le brochet lui dit:
    - Emélian, Emélian, que désires-tu maintenant?
    - Je veux que mes seaux d'eau rentrent tout seuls à la maison, et qu'il n'y ait pas d'éclaboussures.
    Le brochet répond:
    - Retiens les paroles que je vais prononcer; les voici: comme le brochet le commande à ma demande.
    Emélian dit:
    - Comme le brochet le commande à ma demande, rentrez, les seaux, à la maison...
    Au même instant, seaux et palanche escaladent la pente. Emélian relâche le brochet et suit les seaux. Ses voisins s'étonnent, et Emélian, lui, chemine sans un mot et rit en douce. Les seaux passent la porte, se posent sur le banc et le nigaud grimpe sur le poêle.
    Quelque temps après, ses belles-sœurs reviennent à la charge:
    - Emélian, qu'as-tu à paresser? Tu devrais aller fendre du bois.
    Le nigaud leur réplique:
    - Et vous alors?
    - Comment, et nous?.. Ce n'est pas notre tâche!
    - Pas envie...
    - Eh bien, tu n'auras pas de cadeaux.
    - Bon, j'y vais

    Le nigaud se lève, descend du poêle, s'empresse de se chausser et de se vêtir. Fin prêt, il gagne la cour, sort le traîneau de sous l'auvent, prend une corde et la hache, s'installe dans le traîneau et dit à ses belles-soeurs d'ouvrir le portail. Elles lui demandent:
    - Pourquoi n'as-tu pas pris le cheval?
    - Pas besoin de cheval.
    Elles ouvrent le portail, et Emélian dit tout bas:
    - Comme le brochet le commande à ma demande, traîneau, file dans la forêt!
    Aussitôt le traîneau débouche de la cour, sous les yeux des villageois ébahis de voir Emélian passer sans cheval à une bonne allure, comme s'il en avait eu pour le moins une paire! Etant donné que le chemin de la forêt passe par la ville, le nigaud la traverse; mais comme il ignore qu'on doit crier pour alerter les piétons, il se tait et en écrase un grand nombre; on lui court après sans parvenir à le joindre.
    Il quitte la ville, pénètre dans la forêt, s'arrête, descend du traîneau et dit:
    - Comme le brochet le commande à ma demande, coupe du bois bien sec, hache, et vous, les bûches, entassez-vous tout seules sur le traîneau et attachez-vous!
    A peine a-t-il parlé que la hache se met à l'ouvre et les bûches s'entassent sur le traîneau et s'attachent. La besogne achevée, il ordonne à la hache de lui tailler une trique. Puis il remonte dans le véhicule et dit:
    -Allons, comme le brochet le commande à ma demande, rentre tout seul, mon traîneau!
    Aussitôt le traîneau part à une bonne allure; mais à la ville où le nigaud a écrasé du monde, on le guette pour lui sauter dessus; il est empoigné, tiré à bas du traîneau et rossé. Se trouvant en si mauvaise posture, il murmure:
    - Comme le brochet le commande à ma demande, ma trique, rosse-les!
    Aussitôt la trique se dresse et de bastonner la foule. Profitant de la débandade, le nigaud s'échappe; la trique le suit après avoir roué de coups les assaillants. Revenu au logis, le nigaud grimpe sur le poêle.
    Peu de temps après, les rumeurs parviennent finalement aux oreilles du tsar qui envoie à sa recherche un officier. Il entre dans l'izba d'Emélian et demande:
    - C'est toi Emélian le nigaud?
    Celui-ci répond du haut du poêle:
    - Que me veux-tu?
    - Habille-toi vite; je dois te conduire auprès du tsar.
    - Pas envie...
    L'officier, fâché, lui donne une gifle. Le nigaud murmure tout bas:
    Comme le brochet le commande à ma demande, trique, rosse-le!
    Aussitôt la trique se dresse et bastonne l'officier qui arrive à s'enfuir. Surpris et ne pouvant croire que le nigaud, à lui seul, ait eu raison de son émissaire, le tsar envoie l'un de ses boyards:
    - Ramène-moi le nigaud, ou je te coupe la tête!

    Le messager se met en route, achète raisins secs, pruneaux, pains d'épice et, sitôt arrivé au village d'Emélian, entre dans l'izba et questionne ses belles-soeurs:
    - Qu'aime-t-il, votre nigaud?
    - Seigneur, notre Emélian aime se faire prier avant de vous rendre service; il aime aussi les vestes rouges.
    Le messager offre au nigaud aisins secs, pruneaux, pains d'épice et dit:
    - Que fais-tu là couché, mon cher Emélian? Allons voir le tsar.
    - Je suis bien au chaud là où je suis!" Car il aime par-dessus tout la chaleur.
    - Viens, on te nourrira bien chez le tsar!
    - Pas envie...
    - Emélian, Emélian, le tsar te fera faire une veste rouges!
    Le nigaud réfléchit et dit:
    - Prends les devants, je te suivrai.
    Le messager repart donc, et le nigaud, après s'être prélassé encore un moment sur le poêle, dit:
    - Allons, comme le brochet le commande à ma demande, poêle, file droit à la ville!
    Aussitôt l'izba craque, le poêle sort dehors, quitte la cour et fonce à toute allure au palais.
    Le tsar s"étonne:
    - Qu'est-ce que c'est que ça?
    Le messager répond:

    - C'est Emélian arrive sur son poêle.
    Le tsar sort sur le perron et demande:
    - Pourquoi as-tu écrasé tant de monde en allant couper du bois dans la forêt?
    - Ce n'est pas ma faute! Ils n'avaient qu'à s'écarter!
    A ce moment, la fille du tsar, Maria-tsarevna, le regarde par la fenêtre, et lui, il lève les yeux, la trouve fort jolie et murmure:
    - Je voudrais, comme le brochet le commande à ma demande, que la fille du tsar tombe amoureuse de moi!
    Le nigaud dit aussi:
    - Poêle, rentre à la maison...
    Le poêle obéit sur-le-champ et reprend sa place dans l'izba. Emélian vit quelque temps tranquille; mais il en va autrement au palais du tsar dont la fille, amoureuse du nigaud, supplie son père de la lui donner en mariage. Le tsar, furieux, fait venir son messager et dit:ne sait comment le faire ramener. Ses ministres lui conseillent d'en charger l'officier qui avait échoué précédemment; l'idée plaît au roi. Lorsque l'officier, mandé d'urgence, se présente, il lui dit:
    -Ramène-moi le nigaud mort ou vif, sinon je te coupe la tête.
    Le messager achète du vin et de la nourriture va au village, entre dans l'izbe et fait manger et boire le nigaud. Emélian se soûle et s'endort. alors le messager le met dans son chariot et conduit son prisonnier droit au palais. Le tsar ordonne à l'instant d'apporter un grand tonneau cerclé de fer. Sitôt dit, sitôt fait. Alors, il ordonne d'enfermer sa fille et le nigaud dans le tonneau, de l'enduire de goudron et de le jeter à la mer.
    Le tonneau vogue durant des heures; le nigaud continue à dormir, puis, enfin réveillé, il ne voit que du noir et se demande:
    - Où suis-je?
    La tsarevna lui répond:
    - Emélian, tu es dans un tonneau avec moi.
    - Qui es-tu donc?
    - Maria-tsarevna, la fille du roi.
    Emélian dit:
    - Comme le brochet le commande à ma demande, mer, projette le tonneau où nous sommes sur le rivage, au sec.
    A peine le nigaud a-t-il dit ces mots que la mer se démonte et projette sur le rivage, au sec, le tonneau qui aussitôt se brise. Emélian sort avec Maria-tsarevna.
    - Alors, Emélian, où habiterons-nous? Je t'en prie, fais apparaître une maisonnette.
    - Pas envie...

    Elle revient à la charge et Emélian, ébranlé, finit par consentir; il s'éloigne de quelques pas et prononce:
    - Comme le brochet le commande à ma demande, qu'un palais en pierre avec un toit d'or surgisse.
    A peine prononce-t-il ces paroles, qu'un palais n pierre avec un toit d'or apparaît, entouré d'un jardin plein de fleurs et d'oiseaux. Maria-tsarevna et Emélian entrent dans le palais et s'asseoient près de la fenêtre.
    - Emélian, peux-tu devenir beau?
    Le nigaud ne réfléchit pas longtemps:-
    - Comme le brochet le commande à ma demande, que je sois un gars de belle prestance!
    A peine a-t-il dit ces mots qu'il devient d'une beauté surprenante. Le tsar en allant à la chasse, voit le palais:
    - Qui a osé construire un palais sur ma terre et sans ma permission?
    Et il envoie ses serviteurs se renseigner. Ils arrivent et se postent sous la fenêtre, et Emélian leur dit:
    - J'invite le tsar chez moi.
    Le tsar arrive. Emélian l'accueille, l'introduit gentiment dans son palais, le fait asseoir à table. Le tsar et son escorte boivent et mangent à cour joie; le tsar s'étonne:
    - Mais qui es-tu donc, chevalier?
    - Vous souvenez-vous, Votre Majesté, du nigaud qui était venu dans votre palais sur un poêle et que vous avez fait enfermer avec votre fille dans un tonneau qu'on a jeté à la mer? Eh bien, c'est moi, Emélian! si je veux, je peux dévaster et brûler tout votre royaume.
    Le tsar prend peur et demande pardon:
    - Prends ma fille en mariage, prend mon royaume, mas épargne-moi!
    La noce est célébrée le même jour, en grande pompe, et Emélian devient tsar. Voilà, l'histoire est terminée.

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  •  

    Je sentis cela pour la première fois quand nous marchions sur la route de N... ; nous marchâmes dix heures de suite, sans nous arrêter, sans ralentir notre marche, sans ramasser les morts, en les laissant à l’ennemi qui nous suivait en masses compactes et, au bout de trois, quatre heures, effaçait avec ses pieds nos traces. Il faisait une chaleur torride J’ignore le nombre de degrés, quarante, cinquante ou davantage, je sais seulement qu’elle était longue, désespérément égale, accablante. Le soleil était énorme, incandescent, terrible, comme si la terre s’en fût approchée et serait bientôt consumée par ce feu impitoyable. Les yeux se refusaient à regarder. La prunelle, petite et rétrécie, petite comme un grain de pavot, cherchait en vain de l’obscurité sous l’ombre des paupières baissées, le soleil pénétrait l’enveloppe fine et envahissait le cerveau fatigué.

    Mais, malgré tout, on était mieux comme ça, et longtemps, quelques heures peut-être, je marchai les yeux fermés, en entendant la foule remuer, en entendant le piétinement des pieds d’hommes et de chevaux, le grincement des roues de fer broyant les  petites pierres, l’haleine oppressée et haletante et le bruit des lèvres sèches. Mais je n’entendais pas de paroles. Tous gardaient le silence, comme si c’eût été une armée de muets qui avançait, et quand quelqu’un tombait, il tombait en silence, les autres se heurtaient contre son corps, se relevaient en silence et, sans se retourner, avançaient, comme si tous ces hommes muets eussent été en même temps sourds et aveugles ; je bronchais aussi et je tombais, et alors j’ouvrais les yeux involontairement, et ce que je voyais me semblait une fiction sauvage, délire pénible de la terre en démence. L’air surchauffé frémissait, sur le point de fendre les pierres frémissaient aussi silencieusement, et les rangs éloignés des hommes à un tournant du chemin, les canons et les chevaux se séparaient de la terre et, sans le moindre bruit, oscillaient comme une masse gélatineuse, — comme si c’eût été une armée d’ombres immatérielles et non d’hommes vivants qui marchait. Le soleil énorme, rapproché, terrible, avait allumé sur chaque canon de fusil, sur chaque plaque de métal un millier de petits soleils éblouissants et, de toutes parts, des côtés, d’en bas, ils pénétraient dans les yeux, ardents, aiguisés comme des baïonnettes chauffées au blanc. Et la chaleur desséchante, brûlante, entrait dans le fond même du corps, dans les os, dans le cerveau, et il semblait parfois que ce qui se balançait sur les épaules n’était pas une tête, mais un globe bizarre, extraordinaire, lourd et léger, étranger et terrible.

    Et alors, et alors tout à coup, je me souvins de la maison : je revis un coin de chambre, un bout de papier bleu, une carafe d’eau toute poudreuse, intacte sur ma table, — ma table, dont un pied, plus court que les deux autres, était appuyé sur un bout de papier plié. Et dans la chambre d’à côté, sans que je les voie, semblent être ma femme et mon fils. Si je pouvais, j’aurais crié, tant cette vision simple et familière, — ce bout de papier bleu, cette carafe poudreuse et intacte, — était extraordinaire.

    Je sais que je me suis arrêté, en levant les bras, mais quelqu’un m’ayant poussé par derrière, je repris ma marche rapide, en me hâtant Dieu sait où, sans sentir ni la fatigue, ni la chaleur. Et je marchai longtemps ainsi, à travers les rangs interminables et silencieux, côtoyant les nuques rouges, brûlées par le soleil, en effleurant presque les baïonnettes brûlantes impuissamment baissées, lorsque tout à coup une idée me fit arrêter, je me demandai ce que je faisais, où j’allais si vite. Sans ralentir le pas, je tournai de côté, je me frayai un passage vers l’espace libre, je franchis un ravin et je m’assis sur une pierre comme si cette pierre rugueuse et brûlante eût été le but de tous me  s efforts.

    Et c'est alors que je sentis cela pour la première fois. Je vis que ces hommes marchant en silence sous les rayons ardents du soleil, à demi-morts de fatigue et de chaleur, chancelant et tombant, étaient fous. Ils ignorent où ils vont, ils ignorent la raison d’être de ce soleil, ils ne savent rien. Ils n’ont pas de tête sur les épaules, mais des globes étranges et terribles. En voici un qui, comme moi, se glisse en hâte à travers les rangs, en voici un autre, un troisième. Voici qu’une tête de cheval aux yeux fous, aux mâchoires largement ouvertes faisant pressentir un cri extraordinaire, terrible, se dresse au-dessus de la foule, se dresse et s’affaisse ; la foule afflue à cet endroit, on entend des voix enrouées et sourdes, un sec coup de fusil, puis le mouvement silencieux et infini recommence. Plus d’une heure déjà je reste sur cette pierre, l’on ne cesse de défiler devant moi, et l’air, la terre, les rangs lointains et illusoires frémissent toujours. Je suis de nouveau pénétré par la chaleur desséchante et je ne me souviens plus de ce qui m’est apparu pour un moment, et l’on passe, l’on passe devant moi et je ne comprends pas ce que c’est Une heure durant j’ai été seul sur cette pierre, et maintenant un groupe d’hommes gris s’est formé autour de moi, les uns sont couchés, immobiles, peut-être déjà morts, d’autres sont assis et regardent les passants d’un air stupide comme moi. Les uns ont des fusils et ressemblent à des soldats, d’autres sont presque dévêtus et la peau de leur corps est si rouge qu’on s’en détourne. Près de moi un homme est couché, le dos en l’air ; à l’indifférence avec laquelle il appuie sa figure contre les pierres pointues et brûlantes, à la blancheur de sa main retournée, on devine qu’il est mort, mais son dos est rouge comme celui d’un homme vivant, et seule une couche fine et jaunâtre, comme sur de la viande fumée, parle de la mort. Je veux m’écarter de lui, mais je n’en ai pas la force, je chancelle et je regarde les rangs avançant indéfiniment illusoires et oscillants. L’état de ma tête me fait pressentir un coup de soleil, mais je l’attends tranquillement, comme dans un rêve, où la mort n’est qu’une étape dans la suite des visions merveilleuses et enchevêtrées.

    "Le rire rouge" Léonid Andreiv

    Andreïev, c'est beaucoup plus qu'une oeuvre attirée par l'angoisse du gouffre. C'est, jeté sur le papier, le pauvre coeur des hommes, pour reprendre un titre du Japonais Sôseki.

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    Toutes les Bibles ou codes sacrés ont été causes des Erreurs suivantes :
    1. Que l’homme a deux principes réels d’existence, à savoir, un Corps et une Ame.
    2. Que l’Energie, appelée le Mal, n’émane que du Corps, et que la Raison, appelée le Bien, n’émane que de l’âme.
    3. Que Dieu tourmentera l’Homme de toute Eternité pour avoir suivi ses propres Energies.
    Mais c’est le contraire de ces affirmations qui est Vrai :
    1. L’Homme n’a pas un Corps différent de son Ame. Ce qu’on nomme Corps est une partie de l’Ame que perçoivent les cinq sens, principaux accès de l’Ame en cette époque.
    2. L’Energie est la seule vie et elle vient du corps. La Raison n’est que limite et circonférence extérieure de l’Energie.
    3. L’Energie est Délice Eternel.

    Le Mariage du Ciel et de l'Enfer ; Le Livre de Thel ; L'Évangile Éternel
    William Blake

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  • Méchante:
    Attention

     

    "Moi, je suis méchante: ça veut dire que j'ai besoin de la souffrance des autres pour exister. Une torche. Une torche dans les coeurs. Quand je suis toute seule, je m'éteins."

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