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    New York, années 70. Hannah Arendt vit retirée, entourée de ses amis qu’elle appelle sa « tribu ». Dans son Journal de pensée, elle expérimente un nouveau langage philosophique qui donne libre cours à son imagination. Sans esprit de système, Hannah Arendt laisse la pensée flotter "sans appui".

    Une série documentaire produite par Christine Lecerf réalisée par Julie Beressi

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    La grande prétention au bonheur, voilà l'énorme imposture! C'est elle qui complique toute la vie! Qui rend les gens si venimeux, crapules, imbuvables. Y a pas de bonheur dans l'existence, y a que des malheurs plus ou moins grands, plus ou moins tardifs, éclatants, secrets, différés, sournois..." C'est avec des gens heureux qu'on fait les meilleurs damnés." Le principe du diable tient bon. Il avait raison comme toujours, en braquant l'Homme sur la matière. Ça n'a pas traîné. En deux siècles, tout fou d'orgueil, dilaté par la mécanique, il est devenu impossible. Tel nous le voyons aujourd'hui, hagard, saturé, ivrogne d'alcool, de gazoline, défiant, prétentieux, l'univers avec un pouvoir en seconde! Éberlué, démesuré, irrémédiable, mouton et taureau mélangé, hyène aussi. Charmant. Le moindre obstrué trou du cul, se voit Jupiter dans la glace. Voilà le grand miracle moderne. Une fatuité gigantesque, cosmique. L'envie tient la planète en rage, en tétanos, en surfusion. Le contraire de ce qu'on voulait arrive forcément. Tout créateur au premier mot se trouve à présent écrasé de haine, concassé, vaporisé. Le monde entier tourne critique, donc effroyablement médiocre. Critique collective, torve, larbine, bouché, esclave absolu.
    Rabaisser l'Homme à la matière, c'est la loi secrète, nouvelle, implacable... Quand on mélange au hasard deux sang, l'un pauvre, l'autre riche, on n'enrichit jamais le pauvre, on appauvrit toujours le riche... Tout ce qui aide à fourvoyer la masse abrutie par les louanges est bienvenu. Quand les ruses ne suffisent plus, quand le système fait explosion, alors recours à la trique! à la mitrailleuse! aux bonbonnes! ... On fait donner tout l'arsenal l'heure venue! avec le grand coup d'optimisme des ultimes Résolutions! Massacres par myriades, toutes les guerres depuis le Déluge ont eu pour musique l'Optimisme... Tous les assassins voient l'avenir en rose, ça fait partie du métier. Ainsi soit-il.
    La misère ça se comprendrait bien qu'ils en aient marre une fois pour toutes, les hommes accablés, mis la misère c'est l'accessoire dans l'Histoire du monde moderne! Le plus bas orgueil négatif, fatuité creuse, l'envie, la rage dominatrice, obsèdent, accaparent, cloisonnent tous ces sournois, en cabanon, l'énorme Lazaret de demain, la Quarantaine socialisante.

    "Mea Culpa"  Louis-Ferdinand Céline

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  • Devant la maison familiale, jusque dans les années cinquante, pas une semaine ne s'écoulait sans que passe un enterrement d'enfant - petit cercueils blanc de neige et cordons blancs du corbillard tenus par des compagnons du disparu. Le mort et ses courtisans suivaient la rue des Martyrs puis celle des Marbriers, jusqu'au cimetière. Le cercueil était conduit au quartier des enfants, où les menues tombes ressemblaient à des morceaux de sucre alignés sur une petite nappe de terre brune. Ce quartier échappait à l'usine. C'était une concession dont le ciel était le seul employeur.

    C. Bobin "Prisonnier au berceau"

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