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  • La force silencieuse LIU XIA

    Liu Xia, née en 1961 à Pékin, est une artiste peintre, poète et photographe, dont les oeuvres sont interdites en Chine. Bien que son travail que l'on peut qualifier d'onirique et abstrait, ne revêt aucun caractère politique, le gouvernement chinois lui reproche de ne pas contribuer à l'éducation du socialisme. Mais, avant tout, il est reproché à Liu Xia d'avoir épouser Liu Xiao Bo, écrivain favorable à la  démocratisation de la Chine, Prix Nobel de la Paix en 2010. Ce mariage eut lieu en 1996 en prison, lors d'une des nombreuses incarcération de Liu Xiao Bo dans un camp de rééducation, , pour ses écrits.  Lorsque Liu Xiao Bo, en prison à l'époque, condamné à onze ans pour "atteinte à la sécurité de l'Etat", se vit décerner le Prix Nobel, Liu Xia fut arrêtée et assignée à résidence à Pékin pour l'empêcher de se rendre à Oslo et recevoir le Prix à sa place. Depuis cette date, Liu Xia, qui n'a jamais été inculpée ni jugée, vit coupée du monde, sans aucun moyen de communication. Elle n'a pu revoir son mari qu'une seule fois, quelques jours avant sa mort à l'hôpital de Shenyang, en juillet 2017. Depuis les obsèques de Liu Xiao Bo, nul n'a revu Liu Xia, ni sait où elle se trouve. Le gouvernement chinois, interrogé par l'ambassade de France à Pékin, a répondu que Liu Xia était "libre".

    Sur les photos de Lia Xiu dont on dispose, on observera son crâne rasé. Elle se laissera repousser ses cheveux, dit-elle, "quand la Chine sera une démocratie".
    L'art photographique est peu répandu dans la Chine contemporaine et Liu Xia fait figure de pionnière sur la scène artistique de Pékin. Bien que ses photos n'aient jamais été exposées en Chine, elles sont bien connues grâce à leur diffusion sur le web. Liu Xia, dans ce domaine, est une autodidacte qui n'a découvert la photo moderne que par des albums disponibles en Chine. Son oeuvre est donc spontanée et les moyens technique qu'elle a utilisés, les plus simples possibles : un vieil appareil soviétique des années 1960, un seul objectif,pas de lumière artificielle,des pellicules noir et blanc. Les photos de Liu Xia ont été réalisées entre 1999et 2004; de l'ensemble de l'oeuvre dont on ne connaît pas l'importance,subsiste une trentaine de tirages sur papier réalisés à Pékin par Liu Xia elle-même.

    Ces tirages exposés sont des pièces uniques, non reproductibles faute de négatifs. Il en existe des reproductions numériques de moindre qualité, faites à partir du web.

    L'unité de l'oeuvre tient au format, au travail sur l'ombre et la lumière naturelle et au sujets. Liu Xia nous propose un travail de prisonnières, assignée à résidence, la plupart du temps avec Liu Xiao Bo. Elle rend compte de cette existence cloitrée, hormis une rare sortie à la mer où elle photographie son mari, par des natures mortes d'objet ordinaires qui l'entourent, livres, cigarettes, légumes flétris. Parfois, avec une pièce de tissus et ses mains, elle crée des univers théâtraux comme pour échapper à l'enfermement. Sur la plupart des photos apparaissent des poupées qu'un ami du Brésil lui a envoyées.

    Les visages sont pétris dans la stupéfaction et l'horreur, façonnés par Liu Xia.
    Les photos n'ont ni date ni titre, Liu Xia souhaitant que chacun les interprète à sa guise. On devine cependant que les poupées incarnent le peuple chinois sous la botte d'un régime autoritaire mais aussi écrasé par le poids de sa culture classique, un thème récurrent chez Liu Xiao Bo.

    L'ensemble de l'oeuvre de Liu Xia m'a été confié. Je l'ai rapportée de Chine, l'artiste ayant souhaité être exposée hors de son pays. La première exposition publique eut lieu à Boulogne-Billancourt en 2011, suivie par New York, Los Angeles, Berlin, Prague, Hanove, Varsovie, Bratislava, Turin, Madrid, Barcelone, Hong Kong, Taipei, Tokyo, Kyoto.

    Guy Sorman

    Galérie de photos à voir ici

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    J'ai tenté de représenter ces corps exacerbés dès 1990. Passionné par les ouvrages de Didi-Huberman et La Foi qui guérit de Charcot, j'vais envisagé un projet sur l'hystérie, avant finalement d'y renoncer, bloqué par la théâtralisation dont témoigne l'iconographie de la Salpêtrière. En même temps, mes travaux napolitains m'incitaient à lire Loyola, saint Jean de la Croix, Thérèse d'Avila. Les pages de Ma vie, par exemple, conjuguées à des visites aux maebres du Bernin à Santa Maria Della Vittoria et à la Bienheureuse  Ludovica au Trastevere ù'ont subjugué et, guidé par les écrits de Jean-Noël Vuarnet et Claude-Louis Combet, j'ai poursuivi ma quête en découvrant les témoignages d'autres grandes mystiques. Cela ne faisait que redoubler mes interrogations sur la représentation. Comment figurer des corps qui aspirent à se désincarner? Comment suggérer ce que ces femmes infligeaient à leur enveloppe corporelle? Comment transmettre cet infini du désir, de l'angoisse, de la douleur, de la suavité, de l'exaltation qui les habitait, et toutes les contradictions qui allaient avec?

    Ces portraits imaginés sont nés des écrits des mystiques ou des récits de leurs confessions, le plus troublant étant cette part de l'ineffable qui ne peut être exprimé que par le phénomène, si physique, de l'extase.

    Si ce projet n'appelle pas la rue, il ne s'agit pourtant pas d'une rupture. Mes images nouent, avec l'espace et l'histoire du lieu, des relations du même ordre que celles suscitées par mes interventions urbaines. Comme dans mes collages en extérieur, le mur intervient sur le sens et la texture du dessin : j'ai façonné les feuilles afin qu'elle ne soient pas un simple support, mais qu'elles s'imposent comme un élément plastique à part entière. Par ailleurs, le plan d'eau au ras du sol et ses reflets favorisent l'osmose de la fiction, autrement dit des images, et du lieu réel.

    Ernest Pignon-Ernest

     

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