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    Qu’on nous prive de tout contact humain et du contact avec la terre et le soleil, et nous ne sommes plus guère que des outres pleines de vent.

    - Parlant des êtres humains, il dit -
    C’est dans leurs rapports les uns avec les autres que se trouvent leur véritable individualité et leur personnalité distincte : dans le contact et non en dehors de tout contact.

    Un contact vivant dans lequel chacun met du sien… c’est par cela que nous devenons de vrais individus.

    Mais évidement, c’est un contact qui doit être vivant et fluctuant, - Un contact véritable, dit-il – ne doit pas réduire l’individu à une de ses caractéristiques, son genre, sa fonction, ses capacités intellectuelles ou physiques.

    Il existe un grand nombre de pratiques courantes pour détruire toute possibilité de contact véritable par exemple, placer la femme sur un piédestal ou, à l’inverse, la tenir pour indigne d’attention, ou bien en faire une maîtresse de maison ‘modèle’, ou encore une mère ou une épouse ‘modèle’ – autant d’astuces pour éviter tout contact avec elle.

    Il est temps que nous nous débarrassions de ces idées bien arrêtées. Une femme est une source vivante dont l’eau rejaillit délicatement autour d’elle sur tous ceux qui l’approchent. Elle est une étrange et douce vibration qui se propage dans l’air inconsciemment et à l’insu de tous, à la recherche d’une vibration qui lui réponde. De même pour l’homme. Un homme qui vit, bouge et existe est une source vibrante de vie frémissante qui s’écoule vers quelqu’un, vers quelque chose qui va recevoir ce flux et lui renvoyer le sien, de sorte qu’un circuit s’établit et qu’une sorte de paix est atteinte.

     

    "L'Amour, le sexe, les hommes et les femmes"  D.H. Lawrence

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    Maintenant que j'ai un peu  de temps pour moi, pour rêver, penser à ce que, dans le fond de mon coeur, j'appelle avec une humble tendresse "mon métier", je redécouvre que l'amour de la vie, le joie de vivre, ne tiennent qu'à la force de notre espérance. A mesure que je plonge en moi-même, je retrouve embelli, transfiguré, le monde que je viens de quitter. Les choses, qui n'étaient que des mirages décevants quand je m'en approchais, redeviennent vraies par la force du coeur. De nouveau, je les vois par l'intérieur. De nouveau voilà qu'elles existent, et que je les aimes. Je pense au mot de Benjamin Constant:

    "Ma vie n'est au fond nulle part qu'en moi-même"

    C'est parce que je m'étais perdu que j'avais perdu l'espérance. J'étais remonté à la surface, poussé par ce périodique et vain désir de voir ce qui s'y passe, d'être, quelque temps, comme les autres. Une fois de plus, j'ai appris qu'être comme les autres, c'est ne pas être; on paie sa ressemblance de sa vie. Notre originalité nous effraie, voilà pourquoi la plupart des gens n'osent pas quitter le troupeau pour vivre. Il faut se faire à cette idée que c'est notre rêve et notre immense espoir qui nous donne le bonheur; les rêves ne se partagent pas. C'est le fond douloureux de chaque rêve, sa noblesse désespérée, sa sainteté. Il est intransmissible, le moindre contact avec la plupart des gens le fait se dissiper d'un seul coup, comme ces fils de la vierge qu'il suffit d'effleurer pour qu'ils s'évanouissent. Mais je sais que c'est leur vie qui est fausse, et que ce sont mes rêves qui existent.

    Journal, 1957 (jeudi 20 juin) Jean-René Huguenin

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    Grâce à la beauté, le monde n'est nullement un espace neutre, insipide et insignifiant ; l'existence humaine, non plus, n'est nullement un séjour aveugle, sans but ni visée, fermée au devenir et à la possibilité de dépassement. Au contraire, le monde est plein d'attraits et d'appels, plein de signes et de sens. Et notre existence, elle aussi, est chargée de désirs et d'élans, elle va dans un sens et elle a un sens. Déjà en nous-mêmes nous poussons dans un sens, c'est-à-dire, comme je l'ai dit tout à l'heure, nous tendons vers la plénitude de notre présence au monde, à l'instar d'une fleur ou d'un arbre. Et de plus, nous tendons vers d'autres présences de beauté, vers une chance d'ouverture et d'élévation. C'est bien grâce à la beauté qu'en dépit de nos conditions tragiques nous nous attachons à la vie. Tant qu'il y aura une aurore qui annonce le jour, un oiseau qui se gonfle de chant, une fleur qui embaume l'air, un visage qui nous émeut, une main qui esquisse un geste de tendresse, nous nous attarderons sur cette terre si souvent dévastée.

     
    "Oeil ouvert et coeur battant : Comment envisager et devisager la beauté"  François Cheng
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    J’appris qu’être aimé n’est rien et qu’aimer est tout ; je compris également de plus en plus clairement que seule notre capacité à sentir les choses, à éprouver des sentiments rendait notre existence précieuse et gaie.  Quel que fut l'endroit sur terre où j'apercevais ce qu'on nomme "le bonheur", je constatais que celui-ci naissait de la richesse de nos impressions. L'argent n'était rien, le pouvoir n'était rien ; on rencontrait beaucoup de personnes qui possédaient les deux et demeuraient pauvres. La beauté n'était rien ; certains hommes et certaines femmes demeuraient pauvres, eux aussi, malgré tout leur éclat. La santé, elle non plus n'avait pas beaucoup de poids ; la forme de chaque personne dépendait de son état psychologique ; bien des malades heureux de vivre prospéraient jusqu'à la veille de leur mort, et bien des hommes en bonne santé dépérissaient avec angoisse dans la crainte de la douleur. En revanche, quand un homme éprouvait des sentiments intenses et les acceptait en tant que tels, quand il les cultivait et en jouissait au lieu de les rejeter et de les tyranniser, il connaissait toujours le bonheur. De même la beauté ne rendait pas heureux celui qui la possédait, mais celui qui était capable de l'aimer, de la vénérer.

     
    "L'Art de l'oisiveté"  Hermann Hesse
    (Extrait du journal de Martin, 1918, p. 146,147)
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  • "La route"

    Un livre de Cormac McCarthy.
    L’apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres. On ne sait rien des causes de ce cataclysme. Un père et son fils errent sur une route, poussant un caddie rempli d’objets hétéroclites et de vieilles couvertures. Ils sont sur leurs gardes car le danger peut surgir à tout moment. Ils affrontent la pluie, la neige, le froid. Et ce qui reste d’une humanité retournée à la barbarie. Des cadavres s'amoncèlent sur le bord de la route. Quelques survivants s'épient, se guettent, s'attaquent, se mangent... Et parmi ces rescapés, un père et son fils errent sur la route. Ils fuient le froid et la neige des hautes montagnes. Ils veulent rejoindre la mer, et le temps plus clément pour survivre.
    S'ensuit alors une longue odyssée de ce père avec son fils. Ils poussent un caddie rempli de victuailles et objets diverses trouvés par ci, par là, près des cadavres incendiés ou dans des maisons abandonnées. Et ils avancent coûte que coûte, sous la pluie, sous la neige, le jour jusqu'à la tombée de la nuit, toujours sur leurs gardes, toujours à l'affût des « méchants ». Ils ont froids, ils sont trempés, ils n'ont rien mangés depuis trois jours, mais font preuve d'abnégation et d'un courage à tout épreuve. Cet univers décrit et par ce père qui, malgré tout, tente d'éduquer du mieux qu'il peut son fils, l'enfant. Pas facile de discerner le bien du mal dans ce chaos post-apocalyptique est bouleversant.

    Pas facile de discerner le bien du mal dans ce chaos post-apocalyptique. Pourtant, la vie pourrait être plus facile, une balle de calibre 22 dans la tête et les voilà libérer de cet enfer. Mais le père a ce courage nécessaire pour inculquer à son fils le prix de la vie, même au milieu des cadavres brûlés, sous un paysage recouvert de cendres... Arriver à croire en un avenir, même incertain et espérer ; de toute façon, il ne reste que l'espoir pour survivre ; croire en la certitude que quelque part sur cette planète, il existe un autre enfant, un autre parent comme eux, qui font partie de la catégorie des « gentils » comme eux, pour partager ensemble le dessein des rescapés.
    L'univers de ce roman est dépouillé à l'extrême. Il n'y a rien ou presque ; simplement la route, un enfant et son père, un caddie, de la cendre et toujours cette route vers le sud entourée de corps en décomposition. Pourtant avec si peu, cela donne un roman à la fois terrifiant et poignant.

    Le style est épuré, comme l'est cette vision d'un monde apocalyptique. La tension est constante. On tremble avec ce père et ce fils. On sombre aussi dans le désespoir de ces dialogues courts et de ces descriptions de paysages sans vie, se dégagent de multiples réflexions philosophiques. La foi, l'espoir, le sens de la vie, l'homme, le bien et le mal.

    Ce n'est pas un livre pour se distraire c'est un livre pour ressentir et réfléchir .
    C'est bien, c'est pénible et c'est douloureux

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