• Un homme arrive au paradis. Il demande à un ange, à son ange, de lui montrer le chemin qu'ont dessiné ses pas sur terre, par curiosité. Par enfantin désir de voir et de savoir. Rien de plus simple, dit l'ange. L'homme contemple la trace de ses pas sur cette terre, depuis son enfance jusqu'à son dernier souffle. Quelque chose l'étonne parfois, il n'y a plus de traces. Parfois, le chemin s'interrompt et ne reprend que bien plus loin. L'ange dit alors parfois votre vie était trop lourde pour que vous puissiez la porter. je vous prenais donc dans mes bras, jusqu'au jour suivant où la joie vous revenait , et alors vous repreniez votre chemin

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  • Une bombe terroriste ne tuait pas seulement ses victimes mais produisait une violente déchirure dans le temps et l'espace, brisant la logique qui maintenait le monde en place. Pendant quelques heures la gravité, devenue traîtresse, annulait les lois de Newton, inversait le courant des fleuves et renversait les gratte-ciel, réveillait des peurs assoupies depuis longtemps dans notre esprit. L'horreur récusait les molles complaisances de la vie quotidienne, comme un inconnu surgissant de la foule pour nous frapper au visage. Jeté à terre, la bouche sanglante, nous comprenons alors que le monde est plus dangereux mais, sans doute, plus signifiant. Comme le disait Richard Gould, un acte de violence inexplicable avait une féroce authenticité qu'aucun comportement raisonné ne saurait égaler.

    "Millenium People" James Graham Ballard

     

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  • T’es rien d’autre que l’instrument de tes propres frustrations. Pour toi, la vie, la mort, c’est du pareil au même. Quelque part, tu auras définitivement renoncé à tout ce qui pourrait donner une chance à ton retour sur terre. Tu planes. Tu es un extraterrestre. Tu vis dans les limbes, à traquer les houris et les licornes. Le monde d’ici, tu ne veux plus en entendre parler. Tu attends juste le moment de franchir le pas. La seule façon de rattraper ce que tu as perdu ou de rectifier ce que tu as raté – en deux mots, la seule façon de t’offrir une légende, c’est de finir en beauté : te transformer en feu d’artifice au beau milieu d’un bus scolaire ou en torpille lancée à tombeau ouvert contre un char ennemi. Boum ! Le grand écart avec, en prime, le statut de martyr. Le jour de la levée de ton corps devient alors, à tes yeux, le seul instant où l’on t’élève dans l’estime des autres. Le reste, le jour d’avant et le jour d’après, c’est plus ton problème ; pour toi, ça n’a jamais existé.

    L’Attentat, Yasmina Khadra

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  • "On dit que les femmes rêvent des dangers qui menacent ceux dont elles prennent soin et les hommes des dangers qui les menacent eux-mêmes. Mais moi je ne rêve plus du tout. (...) La seule chose que je peux dire c'est que tu survivras pas pour toi-même. Je le sais parce que je ne serais jamais arrivée jusqu'ici. Quelqu'un qui n'aurait personne ferait bien de se fabriquer un fantôme plus ou moins acceptable. De lui insuffler la vie et de le flatter avec des mots d'amour. De lui offrir la moindre miette fantôme et de le protéger du mal avec son corps. En ce qui me concerne mon seul espoir c'est l'éternel néant et je l'espère de tout mon coeur."

    "La route" Cormac McCarthy

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  • Dans la tête

    "On a du mal à savoir ce qu'on a dans la tête parce qu'on a que sa tête pour le savoir. On peut connaître son coeur mais on le veut pas. Et ça se comprend. Vaux mieux pas trop regarder là-dedans.  C'est pas le coeur d'une créature qui suit la voie que Dieu lui a tracée. Tu peux trouver du vice chez la moindre des créatures, mais quand Dieu a créé l'homme le diable était à son côté. Une créature qui peut faire n'importe quoi. Faire une machine. Et une machine pour faire la machine. Et le mal qui peut tourner tout seul pendant mille ans, pas besoin de s'en occuper. Tu le crois?
    J'sais pas.
    Faut que tu l'croies."

    "Méridien de sang" Cormac McCarthy

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