• La nuit, de nouveau la nuit, la magistrale sapience de l'obscur, le tiède frôlement de la mort, un instant d'extase pour moi, héritière de tout jardin interdit.
    Des pas et des voix du côté sombre du jardin. Des rires à l'intérieur des murs. Ne va pas croire qu'ils sont vivants. Ne va pas croire qu'ils ne sont pas vivants. À tout moment la fissure dans le mur et la subite débandade des fillettes que je fus.
    Tombent des fillettes de papier de toutes sortes de couleurs. Les couleurs parlent-elles? Les images de papier parlent-elles? Seules parlent celles qui sont dorées et de celles-ci il n'y en a aucune par ici.
    Je vais entre des murs qui se rapprochent, qui se rejoignent. Toute la nuit jusqu'à l'aurore je psalmodiais: S'il n'est pas venu c'est qu'il n'est pas venu. J'interroge. Mais qui? Elle dit qu'elle interroge, elle veut savoir qui elle interroge. Toi tu ne parles plus avec personne. Étrangère à mort elle se meurt peu à peu. Autre est le langage des agonisants.
    J'ai gaspillé le don de transfigurer les interdits (je les sens respirer à l'intérieur des murs). Impossible de raconter mon jour,ma voie. Mois elle contemple absolument seule la nudité de ces murs.
    Aucune fleur ne pousse ni ne poussera du miracle. Au pain et à l'eau toute la vie.
    À la cime de la joie je me suis prononcée sur une musique jamais entendue. Et quoi? Puissé-je ne vivre qu'en extase, faisant de mon corps le corps du poème, rachetant chaque phrase avec mes jours et mes semaines, insufflant mon souffle au poème à mesure que chaque lettre de chaque mot aura été sacrifiée dans les cérémonies de vivre.

    "L'enfer musical" Alejandra Pizarnik *

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  • Toute la famille considérait la vie sous le même angle, sardonique et insouciant. Elle vivait au jour le jour d'une vie pleine d'indifférence têtue, insouciante du passé comme du présent et aussi du futur. L'argent même ne l'intéressait pas, à peine gagné il était dépensé sur l'heure et oublié immédiatement.
    Ils vivaient sans espoir et sans but, d'une existence absolument "terre à terre", dans leur pays sombre et volcanique. Ce n'étaient point des animaux, parce qu’il n'est pas donné aux humains d'être des animaux. Quand l'homme essaye brusquement de retourner en arrière jusqu'au premier stade de l'évolution, il le fait avec un esprit de cruauté et de méchanceté.
    C'est pourquoi on lisait dans les yeux noirs de cette famille une sorte de peur méchante, d'étonnement et de souffrance, cette détresse des humains impuissants à développer les possibilités de leur être ... incapables d'arracher leur âme du chaos et insensibles à toute autre victoire...cette famille avait quelque chose de poignant mais aussi de répugnant.
    Ils vivaient dans la saleté sordide, indifférents à l'ambiance. La terre était leur dépotoir universel. Tout objet superflu était jeté sur le sol et personne ne s'en souciait plus. On aurait presque dit qu'ils aimaient vivre dans un taudis de puces, de vieux chiffons, de peaux de bananes et de noyaux. Voilà un morceau arraché à une robe! terre voici pour toi. Voilà les démêlures de mon peigne! encore pour toi, terre!

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  • "Ah! les races foncées! Kate connaissait assez ses Irlandais pour avoir pu entrevoir un peu du mystère. Les races foncées appartiennent à un cycle de l'humanité disparu; elles sont restées en arrière, au fond d'un gouffre, d'où elles n'ont jamais pu remonter. Elles ne pourront jamais atteindre le niveau de l'homme blancs; elles ne peuvent que suivre de loin comme des esclaves.
    Tant que le blanc, plein d'orgueil, avance toujours d'un élan impérieux, les races foncées lui cèdent le pas et lui obéissent par force. Mais que l'homme blanc ait l'air d'hésiter sur la marche à suivre, alors l'homme de couleur l'attaquera instantanément pour le précipiter dans le gouffre du passé."

    D.H.L.

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    Le souffle

    Je soufflai doucement sur la toile d'araignée qui coupait un angle du carreau et je pensai qu'il serait drôle d'aller réveiller la jeune femme en lui soufflant dessus, doucement.

    Daniel Boulanger

     

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  • "La gloire de cette ville s'était effondrée d'un coup, comme si quelqu'un, sur une des collines la surplombant, avait abaissé une manette géante, privant soudainement de lumière des milliers de maisons ouvrières soudées brique à brique les une aux autres. Les villes comme les gens ne sont guère fréquentables à l'heure de leur triomphe. Leur bonheur les rend vulgaires et cruels. Un homme foudroyé par le deuil ou la ruine voit se reformer autour de son coeur, lavé par le feu de la douleur, les anneaux lumineux de l'intelligence et de la compassion. La pauvreté qui était entrée comme un ange dans la ville, baisant chaque porte de chaque rue, avait empêché la prétention des temps modernes d'entrer ici. C'était dans les fastes de cette pauvreté que j'avais grandi et c'était de son royaume que je m'apprêtais insensiblement à sortir."

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