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    Ils arrivèrent à une sombre forêt de mélèzes, les petits poneys d'Espagne happant l’air mince, et juste au crépuscule au moment où le cheval de Glanton enjamba un tronc d'arbre écroulé, un ours blond et maigre surgit d'un bas-fond de l’autre côté; là où il était à sa viandée, et abaissa sur eux ses yeux glauques de goret.
    Le cheval de Glanton se cabra et Glanton se plaqua sur l'épaule du cheval et sortit son revolver. Juste derrière lui venait un des Delaware et le cheval qu'il montait avait ralenti le pas et le Delaware essayait de tourner bride en lu martelant la tête avec son poing fermé quand l'ours braqua sur eux sa longue gueule à l'articulation muette, figée dans une expression d'inconcevable stupeur, une énorme bouchée se balançant à sa mâchoire et ses babines rouges de sang. Glanton fit feu. La balle atteignit l'ours à a poitrine et l'ours se pencha en poussant un étrange gémissement et saisit le Delaware et le souleva de son cheval. Glanton tira encore une fois dans l'épaisse collerette de fourrure en avant de l'épaule de l'ours à l'instant où le fauve tournait sur lui-même et l'homme suspendu entre ses mâchoires les regarda, sa joue contre le museau de la bête et un bras passé autour de son cou dans un geste d'insolente fraternisation comme un transfuge fou. Une tempête de cris à travers les bois et le choc des coups frappés par les hommes sur les chevaux hurlants pour les ramener à l'obéissance. Glanton armait son revolver pour la troisième fois quand l'ours s’élança en serrant dans sa gueule l'Indien qui se balançait comme une marionnette et l'ours sauta par-dessus Glanton dans un océan de poils mordorés souillés de sang et dans une puanteur de charogne et dans l'odeur terreuse qui était l'odeur même de la bête. Le coup de feu claqua et fut répercuté par l’écho, mince noyau de métal lancé vers les lointaines rocades et matière tournant en silence à l'ouest au-dessus d'eux tous. D'autre détonations claquèrent et en quelques bonds macabres la brute s'enfuit avec son otage dans la forêt et disparut dans la noircissante pénombre des arbres.
    Les Delaware traquèrent le fauve trois jours durant tandis que le détachement continuait. Le premier jour ils suivirent du sang et ils virent l'endroit où la bête s'était reposée et où ses blessures s'étaient taries et le lendemain ils suivirent les traces du rapt sur l'humus des hautes terres boisées et le surlendemain ils ne suivirent que des marques indistinctes sur une haut plateau pierreux et ensuite plus rien. Ils quêtèrent un signe jusqu’à la tombée de la nuit et ils dormirent sur les silex nus et le jour suivant ils se levèrent et fouillèrent du regard tout ce pays sauvage et rocailleux du côté du nord. L'ours avait emporté leur frère de sang comme ces bêtes fabuleuses des livres de contes et la terre les avait engloutis sans espoir de rançon ou de sursis.

    "Méridien de sang" Cormac McCARTHY

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  • La vérité est sur des tréteaux dans un cercueil encore ouvert. La vérité a le visage d'un mort. C'est un visage retourné comme un gant. Un visage sans dedans ni dehors. Un mort c'est comme une personne. Un mort c'est comme tout le monde. Tout va vers ce visage, comme vers sa perfection. La peur, l'attente, la colère, l'espérance de l'amour et les soucis d'argent, tout va vers ce visage comme vers un dernier mot. Le mort se tait pour dire en une seule fois. Le mort dit vrai en ne disant plus et si, sur lui, l'on jette tant de silence, c'est pour ne rien entendre.

    Christian Bobin  " La part manquante"

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    Il faut lui rendre  hommage, à l'ami de l'Homme, ce bien que chaque mâle recherche, situé dans la zone rose. Il faut l’honorer, lui qu'on aime, et qui nous aime, souvent caché, souvent dissimulé entre les béquilles  charnues, qui attendent, pour s'ouvrir telle la caverne d'Ali Baba, pour dévoiler un magnifique trésor, un joyau, un bijou sacré.

    Goût iodé, couleur rosée, humide et chaud, doux au toucher, facétieux tel un petit animal farceur. Tu es la huitième merveille, mais la première en qualité, indissociable de la femme, tu me plais et je te recherche sans arrêt. Ô con, tu es une merveille et je t'aime du fond du coeur. Comme j'aimerais partager un moment doux, à te rechercher. Bouton des merveilles, verrue d'Aphrodite, antre des délices, laisse-moi entrer, déposer un baiser entre tes lèvres.

    Parure magnifique saint des saints, Graal suprême. Combien d'hommes pour te plaire ont-ils péri, le sourire aux lèvres? Combien de conflits as-tu déclenché, de combien de hauts-faits es-tu à l'origine? Moi je combattrai pour toi et mourrai de plaisir en te regardant, goûtant ta saveur et le plaisir de t'avoir conquis. Con tu es digne d'éloges. Je veux franchir ton rubicond, m'emparer de ton rubis, con, et entends moi, je rugis quand, étant arrivé à te localiser mon doigt te caresse, enclenchant ton magnifique mécanisme.

    Le bouton d'or, le poussoir de la joie, le provocateur de petite mort ... Karine sent que je l'atteins. L’écartement vient d'être effectué. Et devant mes yeux se découvre mon ami. Il est là, trempé. Des larmes de joie? Goûte-moi me supplie-t-il. Qui suis-je pour lui refuser cet honneur? Et la magie se fait. Karine est contente et crie de joie. Quant à moi, je mets de l'ardeur, et elle le sait. Le hochet de Vénus veut participer, mais l doit se tenir tranquille. Arès tout, ce n'est pas lui la star du moment. La caresse est fébrile, mais ma main assurée ne tremble pas. L'effleurement est doux, et Karine soupire, silencieusement, moi je souris sentencieusement. Le con est content, ta,t par mon ardeur que par la joie qu'il retransmet à la belle.

    Ah oui! Oh oui! C'est bon! De trouver ce merveilleux dispositif et de l'activer. La caresse est précise et la chaleur de la nuit étreint le con qui caresse le con. Il est peu bavard, pourtant la langue s'active, repousse les limites du tolérable, mais de bien jolies limites. Mon doigt humecté art à l'aventure et s'engouffre dans la brèche.

    Les yeux de la belle s'enflamment et un cri de surprise se terminant en un soupir langoureux s'évade du fin espace entre ses dents. Le doigt s'aventure, vite suivi d'un deuxième. Chaud, humide, trempé. Il pleut? Il pleut du plaisir, de la joie et de la bonne humeur. Les larmes de joie perlent dans es yeux de la jeune fille, de la sueur goutte sur le front de l'aventurier du con.

    On raconte que le Vulcain est le dieu forgeron. S'il existait un dieu qui  eu forgé le con, nul doute que celui-ci aurait pour nom Vulcain. Puisse-t-il nous donner la force de faire face à cet être fantasmé.

    Certains n'arrivent pas à tâter de la vulve. Et ces gens sont à plaindre. C'est à tâtons qu'ils essayent de nouer un contact doux avec le trésor de ces dames. Mais celui-ci se dérobe constamment à leur toucher. Ou bien ont-ils déçu Vulcain. Laissant de côté cet important aspect de la sainte quête vaginale, ils passent à côté d'un trésor inestimable,se contentant d'aborder avec délices sur les deux monts aux merveilles, situés au nord de l'accueillant pays du nom de Femme.

    La joie de partager, le plaisir d'offrir, de se faire violence, refuser de laisser participer la masculinité de celui qui gravit aux côtés du con e mont Olympe du plaisir. Celui-ci est le compagnon de la femme, son ami le plus intime. Moitié de l'homme, tu contemple ce saphir, quand tu exprimes ton saphisme. Et nous autres hommes, pouvons être jaloux, de voir le brio avec lequel tu maîtrise le joujou.

    Sache le, con, je te le dis sans condescendance, et je te le jure sur a descendance : tu es celui qui dirige le monde. On dit que derrière chaque grand homme se cache une grande dame. Moi je dis que sous chaque grande dame se cache un petit con, et tu mérites, femme, qu'on lui rende hommage. Tu n'a pas à rougir, sois en fière, c'est un bien précieux, et notre devoir, à nous autres hommes et femmes s’épanouissant dans les langueurs saphiques, est de lui permettre de s'exprimer.

    Beaucoup liront ce texte en étant offusqués, on me traitera de petit con, et j'aimerais être un petit con, qui, quoiqu'on dise n'a pour but que le plaisir qu'il peut prodiguer à celle qui partage sa vie. On dira, cet auteur est un cochon! Qu'on le dise! Moi je répondrai que je suis un éternel amoureux, oui amoureux de toutes les femmes du monde unies par ce petit bouton, un amoureux embrassant avec fougue leurs lèvres inférieurs.

    Un texte fiévreux, passionné que j'offre aux cons, aux femmes,et à leurs joyaux cachés. Je dédie ce texte à celles qui me l'ont dévoilé, mais aussi à celle qui l'ont dérobé à mes yeux de garnement.

    "La seconde injection" Mike R.Caress & Nasim Hamou

     

     

     

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    S’il avait été le dessein de Dieu d’arrêter la dégénérescence du genre humain, est-ce qu’il ne l’aurait pas déjà fait ? Les loups font eux-mêmes leur sélection, mon ami. Quelle autre créature pourrait le faire ? Comme si l’espèce humaine n’était pas encore plus prédatrice ? C’est le sort de l’univers de fleurir et de s’épanouir et de mourir mais dans les choses humaines il n’y a pas de déclin et le zénith annonce déjà la venue de la nuit. L’esprit de l’homme est épuisé à l’apogée de sa réussite. Son midi est à la fois son crépuscule et le soir de sa journée. Il aime jouer ? Alors, il faut un enjeu. Ce que vous voyez ici, ces ruines que des tribus de sauvages contemplent avec stupeur, est-ce que vous ne croyez pas que ca recommencera un jour ? Oui. Et encore un autre jour. Avec d’autres hommes, avec d’autres fils.

    "Méridien de sang"  Cormac McCarthy

     

    Cormac McCarthy est né en 1933 et a grandi au Tennessee.  De tous ses livres "Blood meridian" (Méridien de sang) est sans doute le plus notoire (même pour ceux qui ne l'ont pas lu). Un western métaphysique story-boardé par Dali ou Ernst, une sorte de Horde  sauvage, dans lequel Wikkiam Holden serait The Judge(ils portent d'ailleurs le même nom), ou le Capitaine Achab. Une équipée nihiliste au terme de laquelle rien n'est révélé, où l'on massacre pour cent dollars le scalp, où l'on ne récolte qu'un collier d'oreilles séchées. Le livre contient des scènes fantastiques et grotesques, certaines inoubliables et incroyablement culottées, comme le passage où Holden sauve sa troupe de chasseurs de primes d'une mort certaine aux mains des Apaches (ils n'ont plus de poudre) en concoctant un mélange détonnant avec de la merde de chauve-souris et autres salpêtres récoltés à la bouche d'un volcan. Le Juge est lui-même sa propre baleine blanche, énorme et glabre. I est non seulement le philosophe du groupe, mais aussi son botaniste, historien, entomologiste et exécuteur.
    Inutile de dire que cette chevauchée plus que fantastique qui mène le lecteur du Tennessee au Texas, puis à travers les déserts de Chihuahua et Sonora, le laisse aussi complètement horrifié et épuisé.
    Philippe Garnier, Les Inrockuptibles

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  • Dans le Morvan dont la lourde main de granit gantée de fougère se pose près du Creusot, à Uchon, des moines orthodoxes fabriquent des icônes. Ils peignent des madones aux robes de libellules et des christs hypnotiques portant une cape d'or aussi légère que le papier des chocolats fins ou que la couverture de survie dont les pompiers enveloppent les accidentés de la route. L'âme rêveuse, attirée par le lumière de ces images, se jette sur le bois verni et s'enflamme aussitôt. "Tu n'iras pas plus loin que moi", disent les Vierges et les Jésus dorés. "Je suis le mur du paradis, tu peux me longer, mais tu ne pourras me franchir." J'ai longtemps été séduit par la douceur rassurante de ces visages peints. Aujourd'hui je ne me retourne plus si une sainte d'icône me siffle. Je sais que sa beauté est mensongère d'ignorer la fatigue, l'usure et la mort.

    Aucune image sainte n'est sainte. Rien n'est adorable que la pauvre vie de chaque jour, tout entière repose entre nos mains. Jadis une femme qui se mariait ne pouvait plus travailler chez Schneider. Ma mère y travailla quinze ans puis elle épousa mon père. Lorsqu'elle sortit de l'usine pour la dernière fois de sa vie, son vélo volait dans les airs tellement elle appuyait sur les pédales, ivre de joie d'aller dans sa maison, ignorant qu'elle y connaîtrait bientôt, avec ses enfants, un travail bien plus épuisant que celui des ateliers. Le plus beau dans cette vie, c'est de sr fatiguer pour quelqu'un sans qu'il s'en aperçoive. La jeune mère exténuée qui verse la lumière de son visage sur le visage de son enfant nouveau-né, veillant sur la profondeur de son sommeil, est couronnée par des anges las de contempler des Vierges aux yeux vides sur le bois mort des icônes.

    C. Bobin "Prisonnier au berceau"

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