• Divine Bontemps (suite)

    Et, de nouveau, elle fut reprise par la solitude.

    Elle loua une petite maison éloignée du centre de la ville, dans une rue déserte, aux pavés verdis de mousse, et que bordaient en partie les murs d’un jardin d’hospice.

    Tout le jour, dans les pièces parées d’antiques  meubles, baignées d’un jour crépusculaire, où se décoloraient des photographies vieillies, elle circulait sans bruit ou restait des heures, penchée sur un tiroir, à ranger pieusement d’attendrissantes reliques. Ses yeux, comme usés d’avoir trop attendu, n’avaient plus de couleur, et sous ses cheveux blancs son visage aux tons de cierge fin, patiné de chagrin, poli par les larmes, d’une chair amincie, fondue, spiritualisée, apparaissait bien comme un tabernacle émouvant et précieux qui laissait, par ses interstices, filtrer le pur rayonnement d’une âme incomparable.

    Elle vivait ainsi, parmi ses souvenirs, des journées monotones et douces, ramenées aux habitudes de son enfance.

    Ses seules sorties étaient pour l’église voisine, et là, abîmée dans la prière et l’âme déjà toute légère et libre, elle avait le frémissement impatient et mélodieux des colombes qui vont s’envoler.  

    Cependant, toujours pareille à elle-même, Divine n’osait pas demander à Dieu de mourir.

    Albert Samain

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