• Hérodote, sa compréhension de la tâche de l'histoire - sauver les actions humaines de la futilité qui vient de l'oubli - était enracinée dans le concept et l'expérience grecs de la nature : celle-ci comprenait toutes les choses qui naissent et se développent par elles-mêmes sans l'assistance d'hommes ou de dieux - les dieux olympiens ne prétendaient pas avoir crée le monde - et, par conséquent, sont immortelles. Puisque les choses de la nature sont à jamais présentes, elle ne risquent pas d'être ignorées ou oubliées; et puisqu'elle sont à jamais, elles n'ont pas besoin de la mémoire des hommes pour continuer d'exister. Toutes les créatures vivantes, l'homme y compris, appartiennent à cette sphère de l'être-à-jamais, et Aristote nous assure explicitement que l'homme, dans la mesure où il est un être naturel et fait partie de l'espèce humaine, possède l'immortalité; avec le cycle périodique de la vie, la nature assure le même genre d'immortalité aux choses qui naissent et meurent qu'aux choses qui sont et ne changent pas.
    "L'être pour les créatures vivantes est la Vie", et l'être-à-jamais (aei einai) correspond à l'aeigenes, à la procréation. Il n'y a pas de doute que ce retour éternel "est ce qui rapproche le plus étroitement possible du monde de l'être un monde du devenir", mais il est évident qu'il ne rend pas les individus immortels; au contraire, prise dans un cosmos où tout était immortel, ce fut la mortalité qui devint le cachet de l'existence humaine. Les hommes sont les "mortels", les seules choses mortelles qu'il y ait, car les animaux n'existent que comme membres de leur espèce et non comme individus. La mortalité des hommes réside dans le fait que la vie individuelle, le bios, avec sa biographie reconnaissable de la naissance à la mort, naît de la vie biologique, zôè. Cette vie individuelle se distingue de toutes les autres choses par le cours rectiligne de son mouvement qui, pour ainsi dire, coupe en travers les mouvements circulaires de la vie biologique. Voici la mortalité: se mouvoir en ligne droite dans un univers où tout, pour autant qu'il se meut, se meut dans un ordre cyclique. Chaque fois que des hommes poursuivent leurs buts, labourant la terre qui ne peine pas, contraignant le vent qui souffle librement à venir gonfler les voiles, fendant les vagues qui roulent sans cesse, ils coupent en travers un mouvement qui est sans but et tourne à l'intérieur de soi. Quand Sophocle (dans le célèbre choeur d'Antigone) dit qu'il n'y a rien de plus terrifiant que l'homme, il illustre cela en évoquant les réalisations de l'homme qui font violence à la nature parce qu'elles dérangent ce qui, en l'absence des mortels, serait le repos éternel de l'être-à-jamais qui demeure ou tourne à l'intérieur de soi.

    "Le concept d'histoire: antique et moderne" Hannah Arendt

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  • Aucune étude, répétons-le, n'égale en grandeur la contemplation des prodigieux précipices ouverts par le mal dans le genre humain. Qui rêve de les fermer doit oser les sonder. Vol, ignorance, prostitution, misère, autant de lieux de chute, autant d'hiatus vertigineux, autant d'horribles bouches sépulcrales où tombent, neige noire, des millions de vivants. Ces escarpements de l'abîme attirent le penseur. Ils attirent quiconque veut voir les sombres énormités sacrées, quiconque veut voir les cavernes visionnaires pleines des nuées de l'infini, quiconque veut voir les dragons du rêve, quiconque voudrait voir Babylone, quiconque voudrait voir Léviathan, quiconque a les curiosités formidables. Etes-vous miséricordieux ? Venez, et regardez. Ensuite nous pleurerons ; ensuite nous aviserons. Il suffit, pour avoir envie de se pencher sur ces profondeurs, de se sentir ému et attendri par ces immensités d'amertume, et d'avoir une larme à donner à l'océan.

      Victor Hugo

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  • On peut certainement chercher une des raisons de la misère des conditions intellectuelles dans le nombre exagéré des professeurs : c'est à cause d'eux que l'on apprend si peu et si mal.

    Humain, trop humain (1878-1879) Friedrich Wilhelm Nietzsche

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  • Au fond j’ai en horreur toutes ces morales qui disent : Ne fais point ceci ! – Renonce ! – Surmonte-toi ! -en revanche j’obéirai volontiers aux morales qui me poussent à agir et à agir à nouveau, quitte à ne rêver du matin au soir et la nuit durant que de cela, à ne penser à rien sinon à faire bien et aussi bien qu’il m’est, à moi seul, possible de le faire !.

    Le gai savoir de Friedrich Nietzsche

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  • Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour lui-même est un esclave, qu'il soit d'ailleurs ce qu'il veut : politique, marchand, fonctionnaire, érudit.

    Friedrich Nietzsche 

    Friedrich Nietzsche
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