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    "EXTINCTIONS DES FEUX ! " hurlait mon père.

    C'était les Russes que je lisais maintenant, Gorki et Tourgueniev. Mon père avait pour règle que toutes les lumières devaient être éteintes à huit heures du soir : il voulait pouvoir dormir pour être frais et dispo au boulot le lendemain. A la maison il ne parlait que de ça. Il en causait à ma mère dès l'instant où il franchissait la porte et jusqu'au moment où ils s'endormaient enfin. Il était fermement décidé à monter dans la hiérarchie.
    "Bon alors, maintenant, ça suffit, ces putains de bouquins ! Extinction des feux !"
    Pour moi, tous ces types qui débarquaient dans ma vie du fin fond de nulle part étaient la seule chance que j'avais d'en sortir. C'étaient les seuls qui savaient me parler.
    "D'accord ! D'accord !" lui répondais-je.
    Après quoi, je prenais la lampe de chevet, me faufilait sous la couverture, y ramenais l'oreiller et continuais de lire mes dernières acquisitions en les appuyant contre l'oreiller, là, en plein sous la couvrante. Au bout d'un moment, la lampe se mettait à chauffer, ça devenait étouffant et j'avais du mal à respirer. Je soulevais la couverture pour reprendre un bol d'air.
    "Mais qu'est-ce qui se passe ? Ça serait-y que je verrais de la lumière ? Henry, tu m'éteins tout ça !"
    Je rabaissais la couverture à toute vitesse et attendais le moment où mon père se mettait à ronfler.
    Tourgueniev était un mec très sérieux mais qui arrivait à me faire rire parce qu'une vérité sur laquelle on tombe pour la première fois, c'est souvent très amusant. Quand en plus la vérité du monsieur est la même que la vôtre et qu'il vous donne l'impression d'être en train de la dire à votre place, ça devient génial.
    Je lisais mes livres la nuit, comme ça, sous la couverture et à la lumière d'une lampe qui chauffait. Tous ces bons passages, je les lisais en suffoquant. Pure magie.
    "Souvenirs d'un pas grand-chose" *

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  • On ne manque pas de sociologues à faible quotient intellectuel aujourd’hui. Pourquoi j’en ajouterais, avec mon intelligence supérieure ? On a tous entendu ces vieilles femmes qui disent : « Oh, comme c’est AFFREUX cette jeunesse qui se détruit avec toutes ces drogues ! C’est terrible ! » Et puis tu regardes la vieille peau : sans dents, sans yeux, sans cervelle, sans âme, sans cul, sans bouche, sans couleur, sans nerfs, sans rien, rien qu’un bâton, et tu te demandes ce que son thé, ses biscuits, son église et son petit pavillon ont fait pour ELLE.


    "Contes de la folie ordinaire" *

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    Les femmes, c'étaient des hommes qui gagnent de l'argent qu'elle voulaient, des hommes qui aient de la classe. Combien y en avait-il de distinguées qui acceptaient de vivre avec des clodos? Bah! Je n'avais de tout façon pas envie d'une femme. En tout cas, pas pour vivre avec. Comment les hommes faisaient-ils pour vivre sans femmes? Qu'est-ce que ça signifiait? Non, moi, ce que je voulais, c'était une grotte dans le Colorado, avec de quoi boire et bouffer pendant trois ans. Mon cul, je me le torcherai avec du sable.

    "Souvenirs d'un pas grand-chose"  Charles Bukowski

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  • Attaquons ce qu'on appelle art;
    Le style,
    Le style est la réponse à tout.
    L'approche neuve d'une chose terne et dangereuse.
    Mieux vaut faire une chose terne avec du style
    Qu'une chose dangereuse avec style, c'est ça, l'art.[...]
    La boxe peut être un art.
    Faire l'amour peut être un art.
    Ouvrir une boîte de sardines, peut être un art.
    Rares sont ceux qui ont du style.
    Rares sont ceux qui peuvent le garder.
    J'ai vu les chiens avoir plus de style que les hommes,
    Bien que peu de chiens aient du style.
    Les chats en ont à profusion.
    Hemingway se faisant gicler la cervelle contre le mur au calibre 12 ...
    Ça c'est du style.
    Quelquefois, les gens vous donnent du style.
    Jeanne d'Arc avait du style, Jean-Baptiste, Jésus,
    Socrate, César, Garcia-Lorca.
    J'ai connu en prison des hommes qui avaient du style.
    J'en ai connu plus en prison que hors de prison.
    Le style, c'est une différence.
    Une façon de faire, une façon d'être.
    Six hérons juchés sur leurs pattes dans un étang...
    Ou vous, qui sortez nu des chiottes.
    Sans me voir.

    "Contes de la folie ordinaire"

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