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    Louis-Ferdinand CÉLINE : « Bibliothèque de poche : D'un Céline l'autre 1/2 » (1969)

    Louis-Ferdinand CÉLINE : « Bibliothèque de poche : D'un Céline l'autre 2/2 » (1969)

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    13 juin 1939

    Chère Lucienne,
    J'ai appris par Barency que tu étais là hier soir à la musique ancienne. Je ne t'ai pas cherchée pour ne pas t'ennuyer. La roue tourne, mais je pense toujours bien à toi, mon petit chéri. Je n'ose plus avoir l'air de te donner des conseils. Maintenant tu voles de tes propres ailes, une grande personne pour ainsi dire.
    Tu aras bientôt toutes le haines de la musique contre toi si tu t'élève encore un peu. Tu seras tu verras de plus en plus seule. Ils doivent être encore plus méchants que tous les autres hystériques les musiciens puisqu'ils travaillent dans le Suave. Ils sont aussi je crois encore un peu plus bêtes. Enfin gentils comme tout. Mais ils n'ont pas dans leur jeu la Correctionnelle, la grande Tarasque des littérateurs.Et comme ils t(aiment, je te l'assure! Tous en prison! Voici ce qu'au fond te souhaitent tous les dits artistes! Ces grands coeurs douloureux! Toi ne te tue pas dans les montagnes, par équivalence. Tu sais que le diable est en toi, un petit peu. Jouis sans te blesser! Si je peux dire!

    Bien affectueusement
    Louis

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  • Ne croyez donc jamais d'emblée au malheur des hommes. Demandez-leur seulement s'ils peuvent dormir encore ? ... Si oui, tout va bien, ça suffit.
    Il ne m'arriverait plus jamais à moi de dormir complètement. J'avais perdu comme l'habitude de cette confiance, celle qu'il faut bien avoir, réellement immense pour s'endormir complètement parmi les hommes.

    Louis-Ferdinand Céline

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  • Tant qu'on aura pas ouvert Pognon, on a rien fait de sérieux, méchants cautères sur pourriture, marché noir et compagnie, tralalas foireux, clarinettes ...

    C'est pas de discours qu'il s'agit, ni d'ordre moral, ni de Police, d'élections non plus, c'est Gros Sous qu'il faut opérer, vider sa poche, débrider, amener tout ça au soleil. C'est de l'hygiène sans patchouli, nettoyer le cul de la Sociale, après elle pourra se faire coquette. Telle quelle c'est une infection, une hideur bien décourageante, que c'est même plus à en rire, que c'est vraiment plus rien du tout.

    "Les beaux draps" Louis-Ferdinand Céline

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    2 juin 1939

    Mon petit,
    Tu peux être contente , ce fut tout à fait admirable, un profond enchantement. Plus rien à dire que te prier de recommencer le plus tôt possible. La maîtrise, la sécurité, la fougue, tout y est. Enfin surtout cet appel magique, ce secret dont j'ai tant besoin. Je ne sais pas ce que je deviendrais si tu venais à ne plus jouer. Comment ne t'aimerais-je pas et mieux que personne...mon cher petit double.
    Une petite ombre, une nuance de fatigue dans le choral. Toujours le même problème. Comment arriver au concert pas tout à fait morte. J'espère que tu vas te soigner, bien tr reposer, dormir énormément.
    Enfin il valait bien la peine de te donner tout ce mal, c'est un triomphe. Je ne suis pas le moins heureux de cette immense réussite. Il n'est plus que de l'exploiter... Mais je te sais avisée et je présume parfaitement conseillée (vacherie).
    Je connais  des personnes que tu as empêché de dormir, que le charme de ton jeu, de ta personne obsèdent depuis hier soir. Voici de quoi te rendre un peu plus insupportable.
    A ton prochain concert préviens-moi  assez d’avance que je puisse ramasser plus de gens, créer un petit courant, et puis le 30 mai c'est un peu trop tard.
    Puis-je te dire deux mots de ma puante personne. Je quitte la rue Lepic. Je ne sais pas où je vais aller percher plus tard. Pour le moment, après mon prochain passage en correctionnelle (si on ne me retient pas) je vais aller faire des remplacements de confrère en Bretagne et en Normandie. J'ai toujours eu, tu le sais, la vie pas très facile, mais depuis 2 ans c'est une corrida sans appel. Les jours en silex succèdent aux jours en caca. Rie au fond ne pourrait me plaire davantage. C'est a bonne vie de vache pour laquelle je suis fait. J'accumule les maléfices. Je m'en servirai bien un jour.
    Si tu avais à m'écrire, à partir du 10 juin, je serai chez ma mère, 11 rue Marsolher, Paris 2e. Enfin tu vois je ne veux pas te perdre. Je t'aie trop à ma façon, pas très aimable, pas très baisante, mais bien égoïste, donc telle, bien absolue, fidèle et à l'épreuve du temps.

    Je t'embrasse bien fort
    Louis

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