• Tant qu'on aura pas ouvert Pognon, on a rien fait de sérieux, méchants cautères sur pourriture, marché noir et compagnie, tralalas foireux, clarinettes ...

    C'est pas de discours qu'il s'agit, ni d'ordre moral, ni de Police, d'élections non plus, c'est Gros Sous qu'il faut opérer, vider sa poche, débrider, amener tout ça au soleil. C'est de l'hygiène sans patchouli, nettoyer le cul de la Sociale, après elle pourra se faire coquette. Telle quelle c'est une infection, une hideur bien décourageante, que c'est même plus à en rire, que c'est vraiment plus rien du tout.

    "Les beaux draps" Louis-Ferdinand Céline

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    2 juin 1939

    Mon petit,
    Tu peux être contente , ce fut tout à fait admirable, un profond enchantement. Plus rien à dire que te prier de recommencer le plus tôt possible. La maîtrise, la sécurité, la fougue, tout y est. Enfin surtout cet appel magique, ce secret dont j'ai tant besoin. Je ne sais pas ce que je deviendrais si tu venais à ne plus jouer. Comment ne t'aimerais-je pas et mieux que personne...mon cher petit double.
    Une petite ombre, une nuance de fatigue dans le choral. Toujours le même problème. Comment arriver au concert pas tout à fait morte. J'espère que tu vas te soigner, bien tr reposer, dormir énormément.
    Enfin il valait bien la peine de te donner tout ce mal, c'est un triomphe. Je ne suis pas le moins heureux de cette immense réussite. Il n'est plus que de l'exploiter... Mais je te sais avisée et je présume parfaitement conseillée (vacherie).
    Je connais  des personnes que tu as empêché de dormir, que le charme de ton jeu, de ta personne obsèdent depuis hier soir. Voici de quoi te rendre un peu plus insupportable.
    A ton prochain concert préviens-moi  assez d’avance que je puisse ramasser plus de gens, créer un petit courant, et puis le 30 mai c'est un peu trop tard.
    Puis-je te dire deux mots de ma puante personne. Je quitte la rue Lepic. Je ne sais pas où je vais aller percher plus tard. Pour le moment, après mon prochain passage en correctionnelle (si on ne me retient pas) je vais aller faire des remplacements de confrère en Bretagne et en Normandie. J'ai toujours eu, tu le sais, la vie pas très facile, mais depuis 2 ans c'est une corrida sans appel. Les jours en silex succèdent aux jours en caca. Rie au fond ne pourrait me plaire davantage. C'est a bonne vie de vache pour laquelle je suis fait. J'accumule les maléfices. Je m'en servirai bien un jour.
    Si tu avais à m'écrire, à partir du 10 juin, je serai chez ma mère, 11 rue Marsolher, Paris 2e. Enfin tu vois je ne veux pas te perdre. Je t'aie trop à ma façon, pas très aimable, pas très baisante, mais bien égoïste, donc telle, bien absolue, fidèle et à l'épreuve du temps.

    Je t'embrasse bien fort
    Louis

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    La grande prétention au bonheur, voilà l'énorme imposture! C'est elle qui complique toute la vie! Qui rend les gens si venimeux, crapules, imbuvables. Y a pas de bonheur dans l'existence, y a que des malheurs plus ou moins grands, plus ou moins tardifs, éclatants, secrets, différés, sournois..." C'est avec des gens heureux qu'on fait les meilleurs damnés." Le principe du diable tient bon. Il avait raison comme toujours, en braquant l'Homme sur la matière. Ça n'a pas traîné. En deux siècles, tout fou d'orgueil, dilaté par la mécanique, il est devenu impossible. Tel nous le voyons aujourd'hui, hagard, saturé, ivrogne d'alcool, de gazoline, défiant, prétentieux, l'univers avec un pouvoir en seconde! Éberlué, démesuré, irrémédiable, mouton et taureau mélangé, hyène aussi. Charmant. Le moindre obstrué trou du cul, se voit Jupiter dans la glace. Voilà le grand miracle moderne. Une fatuité gigantesque, cosmique. L'envie tient la planète en rage, en tétanos, en surfusion. Le contraire de ce qu'on voulait arrive forcément. Tout créateur au premier mot se trouve à présent écrasé de haine, concassé, vaporisé. Le monde entier tourne critique, donc effroyablement médiocre. Critique collective, torve, larbine, bouché, esclave absolu.
    Rabaisser l'Homme à la matière, c'est la loi secrète, nouvelle, implacable... Quand on mélange au hasard deux sang, l'un pauvre, l'autre riche, on n'enrichit jamais le pauvre, on appauvrit toujours le riche... Tout ce qui aide à fourvoyer la masse abrutie par les louanges est bienvenu. Quand les ruses ne suffisent plus, quand le système fait explosion, alors recours à la trique! à la mitrailleuse! aux bonbonnes! ... On fait donner tout l'arsenal l'heure venue! avec le grand coup d'optimisme des ultimes Résolutions! Massacres par myriades, toutes les guerres depuis le Déluge ont eu pour musique l'Optimisme... Tous les assassins voient l'avenir en rose, ça fait partie du métier. Ainsi soit-il.
    La misère ça se comprendrait bien qu'ils en aient marre une fois pour toutes, les hommes accablés, mais la misère c'est l'accessoire dans l'Histoire du monde moderne! Le plus bas orgueil négatif, fatuité creuse, l'envie, la rage dominatrice, obsèdent, accaparent, cloisonnent tous ces sournois, en cabanon, l'énorme Lazaret de demain, la Quarantaine socialisante.

    "Mea Culpa"  Louis-Ferdinand Céline

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    Mon petit,
    Je t'embrasse où que tu sois, comme je t'aime bien. Voici l'été et les montagnes et les précipices que tu recherches. Je ne vais pas être tranquille à ton sujet jusqu'en octobre. Pourvu qu'il ne t'arrive rien! Qu'n ne te ramène [pas] en miettes, ensevelie dans un Paris-Midi! On peut s'attendre à tout de ta part. Tu pourrais aussi périr noyée, les femmes sont absurdes, les musiciennes pires. Enfin tout est possible, sauf que je t'oublie, toi petit terrible secret, petite fée du cristal des airs.

    Bien affectueusement
    Louis

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