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    La position de l’homme au milieu de son fatras de lois, de coutumes, de désirs, d’instincts noués, refoulés, est devenue si périlleuse, si artificielle, si arbitraire, si tragique et si grotesque en même temps, que jamais la littérature ne fut si facile à concevoir qu’à présent, mais aussi plus difficile à supporter. Nous sommes environnés de pays entiers d’abrutis anaphylactiques, le moindre choc les précipite dans des convulsions meurtrières à n’en plus finir.

    Nous voici parvenus au but de vingt siècles de haute civilisation et cependant aucun régime ne résisterait à deux mois de vérité. Je veux dire la société marxiste aussi bien que nos sociétés bourgeoises et fascistes.

    L’homme ne peut persister en effet dans aucune de ces formes sociales, entièrement brutales, toutes masochistes, sans la violence d’un mensonge permanent et de plus en plus massif, répété frénétique ‘‘totalitaire’’ comme on l’intitule.

    Les gueulements dictatoriaux vont partout à présent à la rencontre des hantés alimentaires innombrables, de la monotonie des tâches quotidiennes, de l’alcool, des myriades refoulées, tout cela plâtre dans un immense narcissisme sadico-masochiste toute issue de recherches, d’expériences et de sincérité sociale. On me parle beaucoup de jeunesse, le mal est plus profond que la jeunesse ! Je ne vois en fait de jeunesse qu’une mobilisation d’ardeurs apéritives, sportives, automobiles, spectaculaires, mais rien de neuf. Les jeunes, pour les idées au moins, demeurent en grande majorité à la traîne des rats bavards, filoneux, homicides. À ce propos, pour demeurer équitables, notons que la jeunesse n’existe pas au sens romantique que nous prêtons encore à ce mot. Dès l’âge de dix ans, le destin de l’homme me semble à peu près fixé, dans ses ressorts émotifs tout au moins, après ce temps nous n’existons plus que par d’insipides redites, de moins en moins sincères de plus en plus théâtrales. Peut-être, après tout, les ‘‘civilisations’’ subissent-elles le même sort ?

     

    Louis-Ferdinand Céline

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    Ete 1936

    Chère Lucienne
    Juste un petit mot, pour te dire que pense bien à toi et que je t'aime bien. Je suis un peu inquiet aussi à cause de l'été et des montagnes où tu vas certainement partir te casser quelque chose, deux doigts et le reste. Tu ferais mieux d'aller au Danmark où Lindquist te recevra certainement très bien et puis dans d'excellentes conditions, de bon air et de joyeuse ambiance, sans hystérie ni super esthétisme, juste de la flöde et de la baignade. Le métier que tu fais est terrible, cette façon de se branler les nerfs à longueur d'année mène droit au cabanon, sans entractes et prosaïques contrastes, je sais hélas ce que je dis!
    Et puis Danemark est un endroit avant tut heureux. Je voudrais y aller si je le pouvais, c'est bien gentil l'"intense" l'enfer perpétuel mis un petit peu de paradis tout de même ça repose.
    Entendu comme ça. Je te verrai, j'y compte bien, en septembre, à déjeuner où tu voudras. Je voudrais bien te voir. Je t'aime bien jusque-là. Je suis content de te savoir en si merveilleuse forme. Tout est bien ainsi. Préserve-toi, garde-toi bien, méfie-toi de tes impulsions trop aventureuses, ne tente pas le diable, il détruit. Détruire n'est pas ton destin.

    au revoir mon petit
    je t'embrasse bien fort
    Louis.

     

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    Louis Ferdinand Auguste Destouches, Céline , auteur majeur du XX° siècle, est né le 27 mai 1894 à Courbevoie. Il est l'un des écrivains français les plus traduits et diffusés dans le monde, après Marcel Proust.
    Il aurait eu aujourd'hui 104 ans ...

    "Dans une jambe de danseuse le monde, ses ondes, tous ses rythmes, ses folies, ses vux sont inscrits !... Jamais écrits !... Le plus nuancé poème du monde !... émouvant !
    Gutman ! Tout ! Le poème inouï, chaud et fragile comme une jambe de danseuse en mouvant équilibre est en ligne, Gutman mon ami, aux écoutes du plus grand secret, c'est Dieu ! C'est Dieu lui-même ! Tout simplement ! Voilà le fond de ma pensée ! A partir de la semaine prochaine, Gutman, après le terme... je ne veux plus travailler que pour les danseuses... Tout pour la danse ! Rien que pour la danse ! La vie les saisit, pures... les emporte... au moindre élan, je veux aller me perdre avec elles... toute la vie... frémissante... onduleuse... Gutman ! Elles m'appellent !... Je ne suis plus moi- même... Je me rends... Je veux pas qu'on me bascule dans l'infini !... à la source de
    tout... de toutes les ondes... La raison du monde est là... Pas ailleurs... Périr par la danseuse !... Je suis vieux, je vais crever bientôt... Je veux m'écrouler, m'effondrer, me dissiper, me vaporiser, tendre nuage... en arabesques... dans le néant... dans les fontaines du mirage... je vaux périr par la plus belle... Je veux qu'elle souffle sur mon cœur... Il s'arrêtera de battre... Je te promets ! Fais en sorte Gutman que je me rapproche du danseuses !... Je veux bien calancher, tu sais, comme tout le monde... mais pas dans un vase de nuit... par une onde... par une belle onde... la plus dansante... la plus émue..."

     

    "Bagatelles pour un massacre"

     

     

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    A Lucienne, Céline livre les clés à la fois de sa personnalité et de sa poétique : inaptitude au bonheur, même quand celui-ci consiste à se réjouir d'être en un lieu avec quelqu'un qu'on aime, et parti pris d'écrire pour régler un à un ses comptes avec la vie.
    La brève liaison de Céline avec la pianiste Lucienne Delforge est la seule qu'il ait eue avec une femme qui n'était ni danseuse ni gymnaste. Leur terrain de rencontre était la musique(Céline avait lui-même fait, dans son enfance, des études assidues et prolongées de piano). Cette liaison est d'autre part étroitement liée, en 1935, à l'écriture de son deuxième roman,
    "Mort à crédit".

    27 août 1935
    Mon petit chéri. Comme je suis heureux que tu ne me rejette pas une fois pour toutes. Comme je t'aime bien, comme j'ai besoin de toi. Tu sais que je ne mens jamais, que je ne ruse jamais. Que je ne fait jamais de sentiment. Tu vois si je suis parti c'est que je t'encombrais. Je ne suis pas normal. Il te faut pour vivre certaines choses que je ne peux pas donner.Cette constance de certaines choses m'accable. Je suis bien fidèle je t'assure d'une certaine façon, atrocement fidèle, fidèle comme un Breton, à en crever, mais la régularité de la vie, la réalité de la vie m'écrase, ce n’est pas tu sais que je veuille faire l'artiste, le fantastique, l'hystérique, le sujet-exceptionnel-qui-a-besoin-de passer-ses caprices. Dieu sait si j'ai le cet affreux genre en horreur! Mais tu sais aussi Lucienne que je ne peux pas, absolument pas être là. Pour être un amant sérieux il faut être là. Je suis bien plus avec les gens quand je les quitte. Tu supportes toi Lucienne la réalité, tu es femme, les femmes sont dans la réalité, aussi adorables qu'elles soient, les hommes ne prétendent pas s'en abstraire, je dois bien t'avouer que pour moi la réalité est un cauchemar continue et Dieu sait si la vie m'a gâté en fait d'expérience! si j'ai été servi par la réalité! Je t'aime bien Lucienne, à un point que tu ne peux pas savoir. En ce moment les temps sont durs. Je ne peux pas dire que cela m'affecte beaucoup, ce qui m'affecte c'est d'avoir à m'occuper des choses qui ne sont pas transposées ni transposables si ce n'est qu'après des années, bien des années. Je ne voudrais pas mourir sans avoir transposé tout ce que j'ai dû subir des êtres et des choses.
    Là se bornent à peu près toutes mes ambitions. Il m'en reste, Lucienne, horriblement beaucoup.Ma mère travaille encore.Je me souviens, "au Passage", quand elle était plus jeune, d'un énorme tas de dentelles à réparer qui le fabuleux monticule qui écrasait  surplombait toujours sa table, une montagne de boulot, pour quelques francs.Ce n'était jamais terminé. C'était pour bouffer. J'en avais des cauchemars la nuit, elle aussi. Cela m'est toujours resté, j'ai comme elle toujours sur ma table un énorme tas d'horreurs en souffrance que je voudrais rafistoler avant d'en finir. Tu me vois toujours impossible parce que tu vois je suis né tout petit dans une ambiance de cauchemar, "et de misère", et puis il y a eu la guerre, et puis tant "d'autres" effroyables épreuves et l'habitude hélas bien explicable d'escompter toujours le pire, et puis cette espèce d'acharnement à refuser les dons d'une vie que je hais.
    Mais Lucienne je suis heureux que tu veuilles bien si gentiment tout simplement me pardonner mes maladresses et mes brutalités, je n’ai pas besoin d'autre chose, tu le sais bien, je n'ai besoin de rien, au moins j'ai ce petit bon côté, je n'embarrasse personne de mes désirs, je ne pèse pas lourd dans ma grosse personne, je ne pèse rien en réalité. Ceci au moins compense un peu cela. Et de ceci Lucienne tu n'as pas encore tout compris.
    Sois heureuse autant que possible à ta façon, selon ton rythme, tu verras, tout passe, tout s'arrange, rien n'est essentiel, tout se remplace sauf le pauvre refuge où tout se transpose et s'oublie. Fais attention aux artistes fainéants, ils sont légion, les commentateurs gratuits, de ce côté la brutalité est de règle absolue, il faut écarter les frelons, impérieusement, les imposteurs, les baise-toujours du compliment. L'artiste n'a que faire de ces fadasseries, de ces veuleries commerciales, qui flétrissent et avilissent les les usagers  mieux doués.Tout doit être brutal, le créateur n'a que faire de l'opinion des hommes, il n'a il doit agir sur la matière brute, sur les choses, pas sur les hommes. Il doit avant tout les mépriser, pour ce qu'ils sont, des chiens voluptueux et avides. Tu vois, me voilà déjà reparti...
    Je t'embrasse bien fort Lucienne, comme je t'aime bien fort et pour la vie, forcément. Je voudrais te voir à déjeuner si tu veux de temps en temps.Ne crains rien je ne te poserai pas de questions indiscrètes. Je ne te demanderai rien. Ce n'est pas ma façon tu le sais bien. Je ne te compromettrai pas, s'il y a compromission. De tout ceci tu sais bien que je me fous, effroyablement. A la rentrée en septembre je t'écrirai. Ne m'oublie pas. Je t'embrasse. Je vais faire des remplacements par-ci par-là, comme lorsque j'étais étudiant. Tu vois tout recommence, l'éternelle jeunesse, c'est facile!

    A toi
    Louis

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    Nous aurons peut-être la surprise, (si les blancs existent encore) de reconnaître dans quelques années que tous nos cancers, néo-formations gangreneuses, sociales et même chirurgicales procédaient toutes de la même origine, du même vice génétique : la dépravation antiraciale, la bâtarderie systématique, la forniquerie à toute berzingue, antiaryenne, l’avilissement des souches aryennes par apports négroïdes, absurdes, enfin tout l’enragé processus d’anéantissement aryen par contamination afro-asiatique, toute la prostitution raciale à laquelle nous astreignent, acharnés à nous dissoudre, les Loges du monde entier, les Juifs de tous les Grands Orients, sous couvert d’Humanitarisme.

    "L'École des Cadavres"  Louis-Ferdinand Céline

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